 Phnom Penh, le 20 février 2007. Terrain à vendre rue 70, à Phnom Penh : après une année 2007 marquée par la spéculation foncière, les transactions se font plus rares à l'approche des élections © John Vink / Magnum
Spéculateurs fonciers, courtiers et agents immobiliers cambodgiens font grise mine. Depuis la mi-avril, celles et ceux qui, au Cambodge, avaient fait des transactions foncières une activité plus que rentable demeurent assis et attendent en baillant d'hypothétiques coups de téléphone. Une situation qui contraste avec l'effervescence des mois précédents. En cette période pré-électorale, nombre de clients hésitent à puiser dans leurs bas de laine ou à contracter des dettes pour s'adonner au grand jeu de la spéculation foncière.
"Les clients me disent qu'ils attendent d'abord de voir les résultats des législatives du 27 juillet prochain", déplore, apathique, Mme Sreang, une petite spéculatrice foncière qui revend des terrains à Chom Chao, un quartier de Phnom Penh situé à l'ouest de l'aéroport de Pochentong. Depuis le Nouvel an khmer, c'est le calme plat : l'année du rat ne lui a amené à ce jour qu’un seul client... "Avant, j'avais énormément de demandes. Mais aujourd’hui, sur dix clients, je ne travaille plus qu'avec un seul. J'espère vraiment qu'après les élections le marché foncier repartira à la hausse", lâche-t-elle. L'expérience des précédents scrutins Kiev Sophorn, artiste-peintre reconverti en courtier, installé dans le village de Trapaing Anhchanh, à une dizaine de kilomètres au nord-ouest de l’aéroport de Pochentong, est lui aussi confronté à la même atonie pré-électorale. Selon lui, la plupart des clients ont peur de ce qui pourrait se passer au lendemain de la proclamation des résultats électoraux, échaudés par les précédents scrutins législatifs qui, de 1993 à 2003, ont tous été suivis de périodes d'instabilité politique et de tensions liées à la formation d'un nouveau gouvernement. Des prix stables "Aujourd'hui, c'est très très calme. J'ai donc repris mon pinceau, que j'avais mis au placard depuis plusieurs mois. Il y a encore peu, des riches et des gens de la classe moyenne venaient eux-mêmes chercher des terrains dans le village. En une journée, je trouvais sans effort deux à trois clients. Les jours calmes, j'en avais au moins un...", raconte Sophorn, avec une pointe de nostalgie. Mais, précise-t-il, en dépit de ce coup d'arrêt subit, les prix au mètre carré n'ont pas encore bougé : il faut compter 20 dollars par mètre carré pour des terres rizicoles et un lot de 5 mètres sur 12, dans le village, se monnaye au moins à 3 000 dollars. Les élections ou la pluie ? Les élections ne sont peut-être pas la seule et unique raison de la frilosité des acheteurs : ce peintre-courtier l'explique tout autant par les pluies précoces, qui rendent certaines terres plus difficiles d'accès et dissuadent les citadins de s'aventurer sur des routes inondées. Un problème dont se plaint également Ven Dara, une spéculatrice de Païlin, municipalité sise au nord-ouest du Cambodge.
Pour les petits spéculateurs, cette activité reste rentable, puisqu'elle ne fait que compléter une occupation principale. Les agents immobiliers, eux, pâtissent directement de ce ralentissement. Mais la situation, assure Oum Voutha, directeur de l'agence Angkor Real Estate, n'a rien d'anormale, à l'approche d'une échéance électorale. "Cette pause n'affecte pas le fonctionnement de ma compagnie à long terme, affirme-t-il. Certains clients cessent toute transaction et ne bougent plus, qu'ils soient propriétaires de grands ou de petits terrains... Des terrains qui coûtent plus d'un demi million de dollars restent immobilisés, les vendeurs et les acheteurs préférant attendre de voir ce qui se passera après les élections. Cela n'est pas nouveau : c'est la même chose avant chaque élection". La diaspora plus frileuse Si la baisse d'activité est générale, le directeur d'Angkor Real Estate constate cette année que les clients locaux se montrent moins frileux que leurs compatriotes émigrés. "Les Khmers d'outre-mer font beaucoup plus attention que les locaux. Leurs représentants cambodgiens ici leur conseillent généralement, pour différentes raisons, de remettre leur décision à plus tard, après les élections", explique Oum Vutha. Signe rassurant, souligne-t-il : les activités sur le marché locatif n'ont pas cessé.
Sung Bonna, directeur de l’agence Bonna Realty Group, un des leaders du marché, reconnaît avoir perdu entre 2 à 3% de sa clientèle au cours des dernières semaines. Il livre la même analyse, espérant qu'il ne s'agira là que d'une simple pause liée à la saison des pluies et aux élections. "Encore beaucoup de monde souhaiterait investir dans l'immobilier mais les gens ont un peu peur et attendent de voir ce que donneront ces élections", reconnaît le directeur. Pour éviter la surchauffe L'immobilier demeure, en tout cas, un secteur important parmi les activités de la banque Acleda, souligne son président In Channy, qui dit ne pas avoir relevé de changement notable sur les comptes réservés aux transactions immobilières, qui continuent d'attirer de nouveaux clients. In Siphann, chef du service des crédits au sein de la même banque, ne mentionne ni la saison des pluies, ni les élections. Mais il évoque, non sans précaution, la récente limitation des prêts immobiliers imposée par la Banque nationale du Cambodge, une mesure voulue par le gouvernement pour lutter contre l'inflation [lire à ce sujet sur Ka-set.info : "Inflation au Cambodge : les mesures gouvernementales passées au crible" (06/05/08)]. Confrontée en 2007 à une très forte demande de crédits immobiliers, un an après avoir ouvert ce type de services, Acleda avait dû suspendre momentanément ces prêts, dont le montant total était plafonné, avant de réinvestir et d'accroître les capitaux destinés à ce secteur. A long terme, les banquiers disent ne craindre ni les échéances électorales ni la pluie... |