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 Phnom Penh, 10 avril 2008. Pily Wong, 32 ans, directeur général de Microsoft Cambodge © John Vink / Magnum
Pily Wong a deux amours : les voitures et l'informatique. Déjà représentant officiel de Mercedes dans le royaume, ce Français d'origine sino-khmère, installé au Cambodge depuis cinq ans, vient de réaliser son deuxième rêve : depuis le début du mois de mars, il est directeur général de Microsoft MDP Cambodia, la toute nouvelle branche locale du géant mondial. Cet homme d'affaires de 32 ans, diplômé en mathématique, informatique et commerce international, est à la tête d'un bureau de cinq personnes, discrètement installé au sud du boulevard Norodom, à Phnom Penh. Boom économique, protection de la propriété intellectuelle, conception d'une version khmère de Windows : il détaille pour Ka-set la stratégie de la célèbre firme fondée par Bill Gates.
Ka-set : Pourquoi ouvrir une représentation de Microsoft au Cambodge, aujourd'hui, en 2008 ? Pily Wong : Avant, le Cambodge n'était pas prêt. L'entrée du pays dans l'Organisation mondiale du Commerce [le 13 octobre 2004] a apporté un cadre à la législation sur la propriété intellectuelle. Et surtout, aujourd'hui, le Cambodge est en plein boom économique. Cela correspond à une stratégie dans la région, pays par pays. Microsoft a d'abord choisi de se focaliser sur le marché vietnamien, beaucoup plus vaste, avec ses 80 millions d'habitants. Le groupe y est présent depuis près de dix ans, mais ce n'est que depuis ces quatre dernières années que les activités ont vraiment décollé. Désormais, chaque année, Microsoft Viêtnam y bat des records. La suite logique était donc le Cambodge, qui suit en quelque sorte les traces de son voisin, notamment en matière d'investissements étrangers. Informatique et boom économique sont interdépendants. K7 : Quelle clientèle vise Microsoft MDP Cambodia ? PW : Avant tout une clientèle qui a besoin de sécurité informatique et qui souhaite respecter la propriété intellectuelle. Logiquement, ce seront d'abord les grandes entreprises. Elles ont les moyens d'investir et elles travaillent avec l'étranger, ce qui nécessite une relation de confiance. Elles sont également plus soucieuses d'avoir ce qu'on appelle des « bonnes pratiques ». Une banque, par exemple, doit rassurer ses clients et doit donc s'équiper de logiciels fiables. Nos produits phares seront évidemment les classiques, comme Windows, Office et des applications serveurs. Mais il y a aussi au Cambodge un gros marché pour une nouvelle suite de logiciels qui permettent de gérer la production, les stocks... Nous disposons d'un avantage ici : les Cambodgiens sont très ouverts aux outils informatiques et à la recherche de solutions qui facilitent la vie. K7 : Quelles sont vos perspectives de développement ? PW : Le marché cambodgien est plus étroit, comparé au Viêtnam. Mais en termes de taux de progression, il y a un gros potentiel, nettement supérieur à celui de la région. Le Viêtnam a déjà connu une forte progression. Ici, Microsft part de rien et a donc une grande marge de progression. Nous n'avons encore aucun chiffre mais travaillons en collaboration avec les distributeurs locaux pour évaluer les perspectives. C'est un peu difficile ici où le commerce fonctionne au jour le jour. On restera, quoiqu'il arrive : c'est un investissement à long terme. K7 : En tant que membre de l'OMC, le Cambodge est tenu de respecter les règles internationales sur la propriété intellectuelle d'ici à 2013. En s'installant dans le royaume cinq ans avant cette échéance, Microsoft entend-il tirer profit de ce processus et jouer un rôle auprès des autorités ? PW : Les questions de propriété intellectuelle sont secondaires. La priorité, pour nos clients, c'est la sécurité. Acheter une licence officielle ne donne pas seulement accès à un CD et un manuel d'utilisation, mais aussi à des mises à jour, une assistance technique, des services. La lutte contre le piratage n'est pas notre but et nullement la mission de Microsoft. C'est le rôle de la BSA [Business Software Alliance], une association représentant les grandes entreprises. Nos clients ne doivent pas nous prendre pour la police. Nous sommes là pour soutenir un marché et apporter un service. K7 : Pourquoi alors avoir choisi, lors de l'ouverture de votre bureau, le slogan « Get genuine » [« Soyez authentique »], qui fait clairement référence au respect de la propriété intellectuelle ? PW : « Get genuine », c'est un peu un label, une invitation. K7 : Comment allez-vous « inviter » les consommateurs cambodgiens à payer 400 dollars pour un logiciel dont les copies pirates se vendent 2 dollars ? PW : On ne peut pas, dans les conditions actuelles, s'adresser à tout le monde. On en est conscient. On va donc essayer d'apporter une plus-value. C'est la raison de notre présence : nous pouvons fournir une assistance technique plus réactive. Avant, nos clients étaient obligés d'appeler le Viêtnam. Nous pouvons aussi assurer des formations. Et encore une fois, l'important c'est la sécurité. Est-ce qu'en économisant 400 dollars pour l'achat d'un logiciel, le risque pris par l'entreprise ne va pas lui coûter plus cher ? K7 : Les pertes occasionnées par le piratage des produits Microsoft au Cambodge ont-elles été évaluées ? PW : Non, nous n'avons pas de chiffre. Mais dans les magasins de DVD, voyez la part que les logiciels Microsoft occupent : c'est peu. Nous n'en souffrons pas plus que les autres. En revanche, nous avons plus de clients que les autres ! K7 : Ce sont donc des pratiques tolérées ? PW : Nous restons réalistes. Ce n'est pas qu'on tolère, mais on prend en compte le niveau de développement du pays dans lequel on intervient. On ne veut pas que le pays fasse machine arrière parce que nous poussons trop à acheter nos outils. K7 : Le piratage contribue-t-il à promouvoir vos produits auprès d'utilisateurs qui seront des futurs consommateurs ? PW : Ca peut y contribuer indirectement, effectivement... K7 : Représenter Microsoft au Cambodge, une firme condamnée en Europe pour des pratiques anticoncurrentielles, et souvent perçue comme le symbole d'une mondialisation envahissante, est-il un inconvénient ? GW : Cette perception varie selon les pays. Dans les pays développés, il y a beaucoup de jalousie. Mais ici, Microsoft est vu de façon plutôt positive. Les Cambodgiens ont une bonne image de nos logiciels, tout le monde utilise Windows et les gens voient que Microsoft bouge, qu'il sort régulièrement de nouveaux produits. K7 : Plusieurs organisations présentes au Cambodge tentent de promouvoir l'utilisation de logiciels libres (Open source). Les percevez-vous comme des concurrents directs ? PW : Nous sommes très ouverts aux communautés Open source. K7 : Microsoft va-t-il donc ouvrir le code source de ses logiciels ? PW : Non, mais on encourage les logiciels libres. Ce sont de bons outils dans les provinces et les milieux défavorisés. C'est un peu comme quand on vient d'avoir son permis de conduire : on commence par une petite voiture, avant d'investir dans une grosse. K7 : Une version khmère de Windows verra-t-elle le jour ? PW : Oui, éventuellement. Nous en sommes encore aux phases de test. Nous essayons, même si le marché est petit. Bill Gates est un visionnaire et veut offrir l'accès à l'informatique à tout le monde et notamment par la langue. Les équipes de Microsoft qui s'en chargent, au siège, à Redmond [Etats-Unis], ont déjà fait des tests techniques, mais aucune date n'a encore été déterminée. C'est un investissement à long terme qui correspond à la philosophie de Microsoft : faciliter la vie des gens.
Sur les traces du Viêtnam Chris Atkinson, président de Microsoft Asie du Sud-Est, l'a souligné lors de l'inauguration des bureaux cambodgiens de Microsoft, le 25 mars 2008 : la firme de Redmond suivra au Cambodge le même modèle économique que celui précédemment appliqué au Viêtnam. Présent depuis une dizaine d'années dans le pays voisin, Microsoft n'a réellement donné un coup d'accélérateur à ses activités que depuis trois à quatre ans. Bill Gates en personne est venu signer, en mai 2006, des accords avec le gouvernement vietnamien prévoyant l'attribution de licences gratuites à plusieurs milliers de fonctionnaires, contre un renforcement des politiques en faveur de l'utilisation de logiciels légaux. Entre 2003 et 2006, alors que le nombre d'utilisateurs de logiciels a augmenté, le taux de piratage a ainsi baissé de 4 points selon la la Business Software Alliance (BSA), une organisation représentant les intérêts des géants de l'industrie mondiale du logiciel.
Le piratage des logiciels en Asie Dans la région Asie Pacifique, la BSA estime qu'en 2006 plus d'un logiciel sur deux utilisés était piraté soit une perte pour les industriels estimée à 7,5 milliards de dollars. La BSA ne détaille pas les estimations pour le Cambodge, inclus dans l'ensemble vague des "autres pays" dont le taux de piratage s'élève à 86%. Lanterne rouge du continent, le Viêtnam utilise à 88% des copies illégales. Ce taux atteint 85% en Indonésie, 82% en Chine, et 80% en Thaïlande.
Des pertes de plusieurs milliards de dollars Avec 20% de logiciels piratés, les Etats-Unis ont le plus faible taux de piratage de la planète. Ces petits 20% génèrent pourtant les plus lourdes pertes au niveau mondial : 7,2 milliards de dollars. Dans ce palmarès des manques à gagner, sur lesquels la BSA focalise ses actions, suivent la Chine (5,4 milliards) et... la France qui, avec un taux de piratage de 45%, génère 2,6 milliards de dollars de pertes. Source : Etude mondiale sur le piratage des logiciels (BSA / IDC 2006) |