 La populaire radio Abeille fait désormais payer les partis politiques qui souhaitent présenter leur programme. Cinq partis ont joué le jeu © Vandy Rattana Loueurs de camions, imprimeurs, stations essence, fabriquants de kramas et casquettes... Certains professionnels enregistrent leurs meilleurs bénéfices en temps de campagne électorale. Les médias audiovisuels n'y font pas exception, quand toutefois ils acceptent d'ouvrir leurs ondes à tous les partis, sans distinction. La plupart sont en effet étroitement associés au gouvernement et au parti au pouvoir, le PPC. A l'exception de la chaîne nationale TVK, qui dans le cadre d'une émission supervisée par le Programme des Nations unies pour le développement (Pnud), "Equity News", offre un temps de passage savamment calculé à tous les partis candidats, aucune chaîne ne leur a vendu du temps d'antenne. Reste les radios. Avec l'inflation galopante et un prix de l'essence qui flirte avec des niveaux jamais atteints, leurs propriétaires disent ne pas vouloir faire de cadeaux aux formations en lice pour les législatives du 27 juillet.
Les partis ont eu beau demander aux radios de leur vendre de l'espace publicitaire, la plupart ont à nouveau fait la sourde oreille. Elles sont seulement quatre à le faire, et toutes privées : Mohanokor (Le grand palais - FM 93.5), Radio Abeille (FM 105), Sovanna Phum (FM 106) et Angkor Ratha, qui n'est diffusée qu'à Siem Reap. Mohanokor donne la priorité aux partis La première, Mohanokor, a réservé onze heures quotidiennes pour les besoins des onze partis engagés dans la bataille électorale. La direction a revu à la hausse sa grille tarifaire, vendant 10 dollars la minute à une formation contre seulement 2 dollars pour les spots publicitaires purement commerciaux. "La campagne des législatives n'a lieu que tous les cinq ans, il est donc normal que l'on dégage du temps d'antenne pour les partis. On a même refusé des annonceurs pour libérer de longues plages horaires pour les besoins de la campagne. Dans de telles conditions, on ne peut pas brader ce temps aux partis, qui de plus ne sont pas des annonceurs longue durée", justifie le directeur Kong Chetta de FM 93.5.
A ce jour, seuls le Parti Norodom Ranariddh et le Parti Sam Rainsy ont signé des contrats avec cette radio pour deux heures de diffusion quotidienne chacun. "D'autres partis ont bien pris contact avec nous et ont demandé à négocier le tarif, ce que nous avons fait, mais nous n'avons plus jamais entendu parler d'eux", regrette le patron de Mohanokor. Radio Abeille joue sur son succès La très populaire radio Abeille accordait auparavant gratuitement quelques heures à chaque parti, durant lesquelles ils étaient libres de présenter leur programme. Pour ce scrutin, cette largesse n'aura pas cours : les partis sont priés de mettre la main à la poche. La radio a réservé cinq heures et demi quotidiennes aux candidats intéressés. Un forfait mensuel (du 26 juin au 25 juillet) a été établi à 2 000 dollars pour trente minutes d'antenne par jour. Cinq partis ont joué le jeu : le Parti Sam Rainsy, le Parti des droits de l'Homme (qui a loué une heure quotidienne), le Funcinpec, le Parti Norodom Ranariddh et le Parti Hang Dara du mouvement pour la démocratie.
"C'est la première fois que l'on fera de l'argent avec la campagne mais on n'a pas le choix. C'est regrettable pour les petites formations sans le sou mais on ne peut plus continuer à jouer les humanitaires, il faut faire fonctionner la radio", plaide Mam Sonando, fondateur et directeur de Radio Abeille. Ces nouveaux revenus, souligne-t-il, permettent à ses journalistes d'envisager une couverture sans encombre de la campagne. "L'essence coûte cher, le matériel audio est à réparer régulièrement et le personnel doit être mieux payé car il travaille dur en cette période de campagne électorale", liste Mam Sonando, qui argue que les partis qui veulent se positionner correctement aux élections n'ont guère le choix que de recourir à sa radio, largement écoutée dans quinze provinces et municipalités en raison de son ton indépendant. La radio, pilier d'une bonne campagne électorale Au Parti Sam Rainsy (PSR), une enveloppe de 70 000 dollars, soit 30% de son budget annuel, a été consacrée aux frais de médiatisation sur les ondes de son programme, entreprise depuis un an. La formation d'opposition a ainsi pu acquérir six heures d'antenne quotidiennes, réparties du matin au soir, sur quatre radios privées. "Les dix minutes d'antenne que nous accorde le Comité national électoral dans le cadre de l'émission 'Equity news' sont largement insuffisantes. Les habitants sont essentiellement abreuvés d'informations émanant du parti au pouvoir et ignorent ainsi de nombreuses réalités. La radio est la clé de voûte d'une bonne campagne de communication. Depuis un an que nous diffusons nos idées sur Radio Abeille, nous avons vu la différence, les gens s'intéressent davantage à nous", assure Yim Sovann, élu du PSR et responsable du budget de la campagne, qui ne cache pas que sa formation dépense de plus en plus d'argent pour avoir accès aux médias.
Le poids de la radio sur les électeurs, Nan Sy, le porte-parole du Funcinpec, ne l'ignore pas non plus. "Quand on mène campagne sur le terrain, on touche une poignée de gens par rapport aux centaines de milliers d'auditeurs que l'on peut atteindre par la radio et aux quatre coins du royaume à la fois", explique-t-il, disant se réjouir que davantage de radios privées, par rapport au précédent scrutin, accèdent aux requêtes des partis. Radio, cortèges et porte-à-porte Au Parti des droits de l'Homme (PDH), on a dû revoir à la hausse le budget réservé à la location de temps d'antenne sur les ondes, mais on se résigne, conscient de l'impact de la radio au Cambodge. "Heureusement que certaines radios nous ouvrent leurs programmes. Même si cela dépasse notre budget, on se doit d'être présent sur Radio Abeille, grâce à laquelle les Cambodgiens ont pu déjà prendre connaissance de notre plate-forme", explique le secrétaire général adjoint du parti, Kry Song. Malgré tout, Keat Sokun, vice-président du directoire du Parti des droits de l'Homme, mise davantage sur les cortèges et le porte-à-porte pour gagner les faveurs des électeurs. "Les médias réclament trop d'argent et puis, ils ne remplacent pas le contact direct avec les gens, d'autant que nombre d'entre eux n'ont ni poste de télévision ni radio", considère-t-il. |