
Kep (Cambodge), le 1er novembre 2008. L'atonie des économies des pays riches affectera durement les pays pauvres, s'inquiète le Premier ministre du Cambodge. "Il ne faut pas se réjouir d'une situation difficile chez les autres en pensant que cela permettra d'attirer des touristes chez soi", a-t-il souligné © John Vink / Magnum Les pays les moins avancés (PMA) doivent parler d'une seule et même voix lors des négociations sur le commerce international, a plaidé le Premier ministre du Cambodge Hun Sen, à l'occasion de l'ouverture de la deuxième conférence annuelle ministérielle des PMA, organisée sous l'égide de l'Organisation des Nations unies pour le développement industriel (Onudi) et de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), à Siem Reap mercerdi 19 et jeudi 20 novembre. Dénonçant tour à tour les barrières commerciales érigées, selon lui, par les pays développés, "leurs promesses non tenues" et une éventuelle réduction de l'aide internationale en raison de la crise financière, le chef du gouvernement cambodgien a appelé les gouvernants des PMA à coopérer pour "tirer profit ensemble de la mondialisation", dans un contexte économique difficile.
"En cette période difficile, il est temps que nous, les Pays les moins avancés [PMA], renforcions notre coopération, afin d'obtenir le maximum d'avantages possibles de l'intégration économique mondiale", a affirmé le Premier ministre cambodgien devant un parterre composé notamment des ministres de l'Industrie et du Commerce de quarante-neuf PMA. Les pays pauvres durement touchés par la crise Après avoir retracé le déroulement de la crise financière internationale qui, partie des Etats-Unis, s'est étendue à l'Europe et aux pays développés d'Asie et affecte désormais l'ensemble de l'économie mondiale, Hun Sen s'est dit conscient du fait que cette crise n'épargnerait personne : "Les PMA sont en train de subir de graves conséquences de cette crise. Bien que nous n'ayons pas des systèmes financiers aussi complexes que celui des Etats-Unis, les investissements dans nos pays sont touchés par cette crise." Une aide étrangère indispensable "Le fait que les sources financières des pays investisseurs se tarissent pose problème aux entrepreneurs qui ont des projets d'investissements [dans les PMA]. Et, par ailleurs, les dépenses très importantes que les gouvernements des pays développés ont effectué pour sauver leurs systèmes bancaires constitue un obstacle au renforcement de l'aide internationale apportée aux PMA", s'est inquiété le Premier ministre cambodgien, dont l'Etat bénéficiait encore l'année dernière d'une aide de 600 millions de dollars de la part des pays donateurs. "Sans cette aide, seuls quelques rares pays européens en voie de développement pourront s'en sortir", a-t-il précisé, non sans avoir rappelé que l'engagement, régulièrement réaffirmé par les pays riches, de consacrer au moins 0,7% de leur produit intérieur brut était jusque-là resté lettre morte. "C'est la mort des PMA !" Le Premier ministre s'en est ensuite pris au déséquilibre des échanges commerciaux entre les pays développés et les PMA, au désavantage de ces derniers. "Alors que les PMA ouvrent grand leurs portes aux produits des pays riches, quand nous essayons d'exporter nos produits, nous nous heurtons à des barrières commerciales infranchissables. Quand il n'y a pas de taxes, on nous impose d'autres conditions que ce soit en termes d'hygiène ou de standards. Cela entraîne la mort des PMA !", s'est enflammé Hun sen, dénonçant également les subventions que "certains pays" continuent d'attribuer à leurs agriculteurs, empêchant les PMA d'exporter leurs produits. Bloqué à un carrefour "Les négociations commerciales, aujourd'hui, sont à un carrefour. Et elles sont bloquées. Cela est dû à un manque de coordination et d'attention des uns envers les autres, de la part des principaux négociateurs", a-t-il poursuivi, allant au bout de son argumentation en faveur d'une plus grande coopération Sud-Sud. "Les PMA doivent envoyer un message clair et précis à la communauté internationale [...] afin de s'assurer que les résultats des prochaines négociations au sein de l'Organisation du commerce (OMC) contribueront à des relations commerciales justes, raisonnables et libres entre les pays membres. [...] Les PMA doivent renforcer leur solidarité et parler d'une voix commune, afin de s'assurer que cette voix-là leur apporte une victoire commune !", a-t-il encore martelé, reprenant une expression dont il use régulièrement dans ses discours de politique intérieure : "Nous devons mettre en place une coopération 'gagnant-gagnant'"... Entre libre concurrence et coopération "Nous [les PMA] coopérons et sommes aussi en situation de concurrence. Mais nous ne devons pas nous livrer une compétition qui ferait gagner les uns au détriment des autres. [...] Tous les pays peuvent se développer ensemble", a encore argumenté le Premier ministre cambodgien. "Il ne faut pas croire qu'en provoquant des problèmes dans un pays tiers, on pourra attirer des investisseurs chez soi. De même, il ne faut pas se réjouir d'une situation difficile chez les autres en pensant que cela permettra de faire venir des touristes chez soi [...]. Si un pays est confronté à des actes de terrorisme, par exemple, cela affecte aussi les autres pays", a estimé le Premier ministre qui a plaidé en faveur d'une coopération dans le cadre d'un système d'interaction, dans lequel les Etats seraient liés "les uns aux autres". Pascal Lamy, "l'ami des pays pauvres" Reste à savoir si cet appel à la solidarité sera entendu et, surtout, qui sera le porte-parole de cette "voix commune" des PMA tant souhaitée par le Premier ministre cambodgien. Hun Sen, visiblement, ne verrait pas d'inconvénient à ce que ce soit un Européen qui défende leurs intérêts. L'actuel directeur général de l'OMC, le Français Pascal Lamy, arrivé à la conférence quelques minutes avant la fin du discours du chef du gouvernement cambodgien, peut en effet compter sur le soutien du Cambodge, alors que le processus de désignation du prochain directeur général débutera le 1er décembre 2008. "Je soutiens sa candidature, parce qu'il connaît bien les problèmes des pays pauvres", a simplement justifié le Premier ministre.
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