Phnom Penh (Cambodge), le 12 janvier 2009. Mong Reththy, sénateur, oknha, magnat de l'agro-alimentaire, veut développer une filière porcine cambodgienne © Vandy Rattana Elevages de porcs de petite dimension, prix forts pour leur alimentation, tarifs souvent élevés pratiqués par les abattoirs, contrebande de porcs depuis le Vietnam qui sape la concurrence ou encore cours de cette viande des plus volatiles... Les raisons ne manquent pas pour expliquer la faiblesse de la filière porcine au Cambodge, obligé d'importer la majorité du porc destiné à sa consommation domestique. Une tendance que veut renverser le magnat cambodgien de l'agro-alimentaire Mong Reththy, également sénateur affilié au PPC du Premier ministre. Il a initié un ambitieux projet d'élevage de porcs, dont les premiers spécimens débarquent tout droit... d'Angleterre.
Un élevage d'ampleur Tout d'abord, il a fallu à l'oknha Mong Reththy construire une vaste ferme, qu'il présente comme moderne et correspondant aux standards internationaux (nous ne serons pas autorisés à la visiter, officiellement pour des questions d'hygiène), sur un terrain de 30 hectares qu'il possède à la frontière des provinces Preah Sihanouk et Koh Kong, mitoyen de son exploitation de palmiers à huile. Puis, peupler progressivement les lieux de porcs d'élevage de qualité qu'il est allé chercher en Angleterre, au terme d'un accord passé avec un partenaire anglais, la société ACMC. Fin décembre, 150 têtes débarquaient, qui seront suivies de 300 fin janvier, et de 150 autres un mois plus tard. Sur la base de ce cheptel de 600 têtes, l'homme d'affaires, qui occupe par ailleurs la vice-présidence de la Chambre de commerce de Phnom Penh, a fait ses calculs. Voici ses pronostics : au terme de la deuxième année d'activité, la ferme comptera 6 200 porcins, de la troisième année, 18 000... et à la huitième année, 1,1 million de têtes, soit le seuil fixé et à maintenir, qui permettra, assure Mong Reththy, de répondre à 50% de la demande locale. Pour la seule première année d'exploitation, les investissements se montent à 5 millions de dollars, et devraient atteindre 130 millions de dollars la dixième année. "Certains se demandent : pourquoi importer des porcs pour cet élevage ? Mais parce qu'il n'y en a pas assez dans les élevages du pays ! Pour répondre aux besoins du pays, il faut 2,4 millions de têtes par an. Rien qu'à Phnom Penh, presque 2 000 porcs sont consommés chaque jour !", explique Mong Reththy, soulignant que les élevages locaux font face à des coûts plus élevés que dans les pays voisins. "Le kilo de porc se négocie autour de 1,8-2 dollars contre seulement 1,3 dollar en Thaïlande. Les commerçants préfèrent donc l'importer !" Pour ses porcs d'élevage importés du Yorkshire, Mong Reththy a déboursé 3 000 dollars par truie et 4 000 dollars par verrat, sans compter les frais de transport, contre quelque 300 dollars pour un porc importé de Thaïlande. Différence de taille, relève-t-il, ceux du pays voisin ne mettent bas qu'une seule fois alors que la race qu'il importe peut se reproduire quatre années consécutives. Donner du travail aux paysans Sa méga-ferme au sud du Cambodge n'emploiera qu'une cinquantaine de personnes mais, dans les faits, donnera du travail à bien plus de monde, développe Mong Reththy, à la tête d'une importante société à son nom. Tout d'abord, il achètera de quoi les nourrir à des paysans, l'alimentation comptant pour trois quarts des dépenses dans l'élevage. A ce sujet, il ouvre une petite parenthèse sur le non-sens à exporter du riz non décortiqué : si au Cambodge les cultivateurs vendaient du riz décortiqué, outre la valeur ajoutée qu'ils donneraient à leur produit, ils pourraient par ailleurs faire commerce du son de riz qui entre dans l'alimentation des porcs. Ensuite, la vente des porcins sera destinée aux éleveurs locaux, professionnels ou novices, à la condition, précise-t-il toutefois, que ces derniers acceptent de suivre à sa ferme une courte formation sur l'élevage porcin (les techniques employées ont été introduites par la société anglaise) et revendent les individus une fois adultes à ses abattoirs. Et déjà, il fait la promesse que le prix de la viande de porc sortie de ses abattoirs s'alignera sur celui pratiqué en Thaïlande afin de réduire le volume des importations. Les importations condamnées à terme Mong Reththy se targue d'être le seul à oser se lancer dans de telles entreprises, considérées hasardeuses. "Au Cambodge, les banques ne prêtent pas d'argent à l'agriculture, un secteur perçu comme à haut risque. Or, regardez, on croyait le secteur immobilier plus viable, et aujourd'hui il est en crise ! Au final, j'ai dû utiliser mes propres fonds." Cinq compagnies d'importation de porcs se partagent le marché au Cambodge. Depuis deux mois, Mong Reththy a obtenu que tous les porcs importés soient examinés en périphérie de la capitale par ses propres vétérinaires, afin de prévenir l'introduction de toute maladie contagieuse de type fièvre aphteuse et de s'assurer que les papiers d'importation soient dûment visés. Ces sociétés s'inquiètent-elles de l'arrivée sur le marché de ce poids-lourd qui a pour objectif de réduire la dépendance du marché cambodgien aux importations de porcs ? Mong Reththy affirme avoir contacté leurs responsables, via le ministère de l'Agriculture, pour leur expliquer son projet. Depuis, le marché a été régulé, chacune des sociétés s'est vue octroyer un quota maximum de porcs importés, le seuil total équivalant à 800 têtes par jour. "Je ne veux pas qu'il y ait un malentendu. Je fais cela pour les soulager, non pas pour faire mourir leurs entreprises..." Et si sa démarche suscite des mécontentements, le patron de Mong Reththy Group rappelle que la rénovation par sa compagnie de la route 271, qui ceinture le sud-ouest de Phnom Penh, avait généré de nombreuses oppositions. Les travaux avaient alors obligé des habitants à raboter leurs maisons, voire à déménager, et avaient perturbé la circulation. "Aujourd'hui, on a une belle route et les habitants ont compris l'intérêt de ces travaux, et ils me remercient..." A terme, Mong Reththy caresse l'objectif d'exporter de la viande de porc cambodgien, ce qui nécessite qu'une autre ferme d'élevage de même ampleur voie le jour dans le royaume. Mong Reththy serait-il prêt à miser sur une deuxième ferme ? "On verra, cela dépend de questions financières. Mais si une banque venait m'épauler, alors pourquoi pas ? Et il note que Maybank a affiché un certain intérêt pour son projet, un soutien qu'il espère voir se transformer en crédits alloués à sa compagnie. Un marché assaini Tho Kim Sreang, la société d'importation de porcs de Yuok Rothmony, travaille avec la Thaïlande depuis 2003. Une activité qu'il a choisie après avoir fait le constat de la défaillance de l'industrie porcine au Cambodge, grevée par une alimentation pour les bêtes hors de prix. "Le jour où les importations de porcs devront cesser, si la demande locale est pleinement satisfaite, cela ne sera pas un problème pour moi. On est dans un marché libre !", affirme, beau joueur, le responsable. Yuok Rothmony confirme la mise en place il y a quelques mois d'une politique de quotas par le ministère de l'Agriculture. Sa société a obtenu le droit d'importer 203 têtes par jour, contre 250 en moyenne avant. Il ne trouve néanmoins rien à redire aux quotas, se disant plutôt content que le marché soit régulé et que les sociétés d'importation ne soient plus soumises à une concurrence sauvage. La cinquième et dernière venue des sociétés importatrices de porcs, Oud Cambodia, a obtenu quant à elle un quota de 150 têtes par jour, et dit ignorer tout du projet de Mong Reththy. Un secteur à professionnaliser Techniques et mentalités sont à révolutionner dans le secteur agricole, reconnaît Yang Saing Koma, le président du Cedac (Centre d'études du développement agricole cambodgien). "Si le Cambodge importe autant de produits agricoles c'est parce que tout d'abord il y a un problème de compétences locales, insuffisantes. La majorité des paysans s'adonnent à une agriculture familiale de subsistance et ne pensent pas à commercialiser leurs productions. Peu à peu, certains réalisent cependant qu'il y a des opportunités à saisir, le plus souvent sous l'impulsion d'ONG impliquées dans l'agriculture et le développement. Ensuite, s'ajoute le problème que les produits finaux ont un prix de revient plus élevé que celui des produits importés. Autre difficulté, le fait que les paysans se heurtent à un manque de finances. Ils ne disposent pas de capital de base et ne peuvent généralement pas obtenir d'aide pour les aider à investir." Quant au projet de Mong Reththy, il voit là un "bon investissement, qui pourra apporter des revenus dans les caisses de l'Etat". Il met cependant en garde contre le risque que ces porcs anglais survivent mal au climat tropical et à l'alimentation locale. Mais cette race anglaise aurait été génétiquement améliorée et devrait être entourée des meilleurs soins, est-il annoncé.
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Par Achey
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Par Fournier