
Takeo (Cambodge), le 3 septembre 2008. Travailleurs journaliers lors de la récolte du riz d'un propriétaire terrien, rémunérés avec la paille de riz, qu'ils utilisent comme fourrage. L'exportation de riz pourrait être encore un des moteurs de la croissance économique en 2009 © John Vink / Magnum L'Asie de l'Est ne sera pas épargnée par les répercussions de la tempête économique dont l'épicentre est situé dans les pays développés, qui s'est abattue sur le monde avec acuité depuis le 15 septembre, met en garde la Banque mondiale (BM), dans un dernier rapport rendu public mercredi 10 décembre. Néanmoins, selon les projections rapportées par le vice-président de l'institution financière, Jim Adams, cette région du monde - tirée par la dynamique Chine et mieux préparée à faire face qu'elle ne l'était lors de la crise financière asiatique de 1997 - contribuera à hauteur d'un tiers de la croissance mondiale en 2008. Quid du petit royaume du Cambodge, qui s'est distingué cette dernière décennie par des records de croissance (un PIB en hausse d'environ 11,1% entre 2004 et 2007) grâce à des politiques d'ouverture ? La BM prévoit au Cambodge un taux de croissance du PIB de 6,7% pour 2008, lequel devrait s'affaisser autour de 4,9% en 2009.
Les quatre piliers de l'économie cambodgienne dans la tourmente "L'environnement extérieur défavorable va conduire à une réduction des exportations cambodgiennes, du nombre de touristes et du volume des investissements étrangers", explique Stéphane Guimbert, un économiste attaché au bureau cambodgien de la Banque mondiale. L'afflux d'investissements directs étrangers devrait chuter d'un taux record de 10% du PIB en 2007 à 5,2% en 2009, les investisseurs étrangers redoublant de prudence, en ce contexte économique mondial incertain, quant à placer leur argent dans des pays en voie de développement. Ainsi les quatre piliers de la croissance économique cambodgienne vont être mis à mal : l'agriculture tout d'abord, qui offre de substantielles opportunités au Cambodge, exportateur de riz, mais dont le développement est hypothéqué par une chute récente des prix et des investissements limités dans ce secteur ; puis, sa florissante industrie de la confection textile, aujourd'hui frappée par un ralentissement économique aux Etats-Unis, son principal marché, affaiblie par un manque de compétitivité due à une forte inflation et à une augmentation des salaires des ouvriers, et affectée par la levée, en 2009, de mesures protectionnistes prises par les Etats-Unis et l'Union européenne envers la Chine, un poids-lourd dans les exportations de produits textiles ; ensuite, le secteur de l'immobilier et de la construction, qui s'essouffle, jusque-là grandement porté par la Corée, aujourd'hui touchée par la crise ; enfin, le tourisme, directement affecté au Cambodge par la crise mondiale d'une part, et par le conflit frontalier qui oppose le pays à son voisin thaïlandais, d'autre part. Une baisse des arrivées s'est déjà constatée sur le premier semestre de 2008, relève la BM. Les recommandations de la BM Alors que certains annoncent que cette dépression risque d'être la plus importante que le monde ait jamais connue depuis celle des années 1930, que peut mettre en œuvre un petit pays comme le Cambodge pour répondre, avec ses moyens, à la crise ? Vikram Nehru, l'économiste en chef de la BM pour l'Asie de l'Est et le Pacifique, a reconnu sans détours, depuis Tokyo, que "le Cambodge a été malchanceux de se retrouver pris dans la crise à un tel moment". Stéphane Guimbert met en avant quatre politiques phares, capables d'atténuer cette onde de chocs sur le Cambodge. Il préconise un solide contrôle du secteur bancaire pour éviter les risques financiers. "Le secteur financier est encore très jeune au Cambodge. S'il y a un problème, la situation pourrait très vite dégénérer !", fait-il valoir, ajoutant que le gouvernement est sur la bonne voie dans ce domaine. Il suggère également la mise en place d'incitations fiscales destinées à soutenir la croissance sans remettre en cause la stabilité macro-économique. Par ailleurs, ajoute-t-il, proposer des facilitations pour commercer et investir permettrait de minimiser les effets négatifs de l'environnement extérieur. Enfin, termine l'économiste, des filets de sécurité sociale doivent être instaurés pour aider les plus vulnérables dans la population à faire face à ce ralentissement de la croissance. Maintenir la bonne santé du secteur de la confection textile Dans un tel contexte, le Cambodge devrait perdre ses parts de marché aux Etats-Unis, lesquels vont réduire nettement leur demande, et devra donc se lancer à l'assaut de nouveaux marchés, a conseillé Vikram Nehru. Le Cambodge doit s'efforcer de booster sa compétitivité - "cela doit être l'une de ses priorités", martèle Stéphane Guimbert -, en facilitant le commerce, en offrant des incitations fiscales et en s'attelant aux questions liées aux conflits du travail. L'économiste de la BM rappelle que le royaume a souffert de son économie dollarisée, le dollar américain s'étant, sous l'effet de l'inflation cette année, apprécié par rapport aux autres monnaies en circulation dans la région. Des opportunités à saisir à moyen terme Il pourrait y avoir à gagner de l'actuelle crise, veulent croire les économistes de la Banque mondiale, au moins sur le moyen terme. Dans le cas du Cambodge, le secteur agricole, encore loin d'être optimisé, pourrait ainsi être davantage dynamisé en vue de soutenir la croissance économique. "Même si le prix du riz a baissé, après un pic en mai-juin, il reste toujours plus élevé qu'avant. Ce qui permet aux agriculteurs d'investir plus dans leurs terres, comme acheter des pompes pour l'irrigation ou davantage de graines et de fertilisants, afin de dégager plus de bénéfices...", avance Stéphane Guimbert. Ensuite, d'ici à ce que la crise se dissipe et que les investisseurs, actuellement assis sur leurs liquidités, reviennent prospecter, ces derniers continueront à regarder deux fois avant de s'engager, inquiets des risques qu'ils peuvent faire courir à leur argent. C'est le moment pour le Cambodge de tout mettre en œuvre pour réduire ces risques, estime le spécialiste de la BM, en améliorant le climat d'investissement. Enfin, complète-t-il, le Cambodge doit oser des politiques de dépenses "un peu plus ambitieuses", notamment en matière de projets d'infrastructures et de filets de protection sociale, ce qui jouera sur la croissance potentielle à moyen terme. Une voie que semble prendre le gouvernement cambodgien, au vu de son budget 2009, largement augmenté (1,8 milliard de dollars), qui a été voté mardi 9 décembre par l'Assemblée nationale. Les mesures déjà prises par Phnom Penh Pour ralentir l'inflation et réduire les risques du secteur financier, la Banque centrale a resserré sa politique monétaire, note le rapport de la Banque mondiale. Elle a ainsi doublé ses besoins de réserve en juillet 2008, a introduit un plafond pour les prêts à l'immobilier, a triplé son capital en septembre, et introduit des restrictions sur les retraits d'argent de la Banque centrale en octobre, énumère le document.
Le gouvernement cambodgien continue par ailleurs de faire avancer les réformes structurelles, avec cependant un ralentissement dans ce travail le temps des élections législatives de juillet. Des progrès ont ainsi été effectués pour améliorer le cadre légal pour les investissements, avec notamment l'adoption de la loi sur les transactions sécurisées, qui rend possible pour un commerce de sécuriser un prêt avec ses biens immatériels et son capital immobilier. Ce qui a permis au Cambodge, rappelle la Banque mondiale, de gagner quinze places dans le classement mondial 2009 de "Doing Business", un classement des pays selon l'environnement des affaires réalisé par la branche financière de la BM, l'IFC.
Autre importante réforme récemment entrée en vigueur et citée par le rapport de la BM, l'introduction, en mai 2008, du Système automatisé pour les données douanières au port de Sihanoukville.
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Par Achey
Par Ben du Cambodge
Par Fournier