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L'obligation prochaine du port du casque suscite plus de vocations que de prises de conscience
Par Ros Dina   
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24-12-2008

securite routiere - cambodge ©John Vink / Magnum

Phnom Penh (Cambodge), le 9 mai 2008. La conduite sans danger ne se limite pas au port du casque !
© John Vink / Magnum

En cette fin d'année 2008, les casques de moto se sont invités au Cambodge sur des étals où on ne les attendait pas... Trônant ici devant un banc de téléphones portables, là dans une petite alimentation ordinaire. Et c'est sans compter tous celles et ceux qui se sont improvisés vendeurs de casques, devant chez eux, sur les axes passagers des villes du royaume. Un déferlement sur le marché suscité non pas par une soudaine prise de conscience que la route tue - en 2007, les accidents de la circulation ont fait chaque jour 4 morts et 70 blessés au Cambodge - mais par la peur du gendarme. Au 1er janvier 2009, le port du casque par les conducteurs des deux, trois-roues motorisés et remorques sera obligatoire...

 

Selon une enquête menée en juin 2008 à Phnom Penh par l'organisation Handicap International (HI), 24% des conducteurs de moto circulaient avec un casque. Et début décembre, selon une étude cette fois-ci de la police municipale, ils étaient déjà 47% à se conformer à cette règle alors qu'ils n'étaient que 8% à le faire en 2004... Selon un récent sondage de HI, 60% des Phnompenhois se diraient en tout cas favorables au port obligatoire du casque.

L'envol des ventes
Chhay Kim, un réparateur de moto du district de Bati, province de Takéo, a profité d'une visite rendue à des proches à Phnom Penh pour se doter d'un casque "car il n'y a pas de vendeurs de casque près de chez moi". Comme pour nombre de conducteurs de deux-roues interrogés, la nouvelle de l'entrée en vigueur de l'obligation du port du casque lui est parvenue par les médias audiovisuels et les posters qui ont fleuri un peu partout pour avertir la population.  

Le vendeur de la grande boutique de casques "Hêt Heang", sise sur le boulevard Mao-Tsé-Toung ne sait plus où donner de la tête. On attendra bien deux heures avant de pouvoir l'interroger dans un court moment de répit. "Depuis le début du mois de décembre, les ventes explosent. On a doublé notre chiffre d'affaires !"

Une vingtaine de casques repartent chaque jour avec des particuliers, et le vendeur ne s'attarde pas sur les quantités que lui commandent les détaillants venus de tout le pays, parvenant difficilement à satisfaire la demande. Ses casques sont fabriqués en Thaïlande, à Taïwan - "les meilleurs car ils ont l'étiquette 'ISO'" - mais aussi au Vietnam et au Cambodge - "les plus mauvais car pas aux standards", tranche-t-il. Selon les modèles, ils se négocient entre 8 et 20 dollars, un prix qui s'envole à plus de 100 dollars pour les casques intégraux de motocross.

Des opportunités de commerce
Chhit Chan Sithear fait d'habitude dans le téléphone portable. Un produit qui n'a en ce moment plus les faveurs des consommateurs. Alors pourquoi ne pas ajouter quelques casques dans son stock qu'il peine à écouler ? "Ma boutique se trouve à un important carrefour de Phnom Penh, et à quelques mètres de là où se postent quotidiennement des policiers de la circulation ! Une aubaine pour moi ! Imaginez, quand les flics arrêteront ceux qui circuleront la tête nue, ils les enverront se couvrir chez moi !", anticipe, les yeux pétillants, le jeune homme.

De toutes les provinces, on afflue vers Phnom Penh se ravitailler en casques. Les Ly ont organisé une expédition familiale : les parents, les enfants et les tantes ont fait le déplacement ensemble depuis Kampot. La mère veut repartir avec 200 casques, "de différents modèles, et de qualité", pour les revendre sur leur pas de porte, "en plein centre-ville". "Je n'en ai jamais vendu avant, j'ai une boutique d'articles électriques, mais je suis prête à m'adapter à la demande !" Selon une appréciation au jugé du mari, "ils ne sont que 30% à porter un casque à Kampot". Il y aurait donc un marché à prendre...  

L'intérêt du casque bien compris ?
Kheng Sokhom portait déjà un masque, il est venu compléter sa panoplie en achetant un casque. Il est mototaxi depuis dix ans et dit être le témoin de plus en plus d'accidents de la route, "de plus en plus graves". "Oui, c'est un réflexe sécuritaire...", argumente-t-il avec conviction avant de reconnaître que, sans casque, les policiers lui mèneront une vie d'enfer et qu'il ne pourra plus exercer tranquillement son métier. Cela fait cinq mois qu'il se prépare à ce grand changement et qu'il économise. Il aura réussi à réunir un budget de 60 000 riels (15 dollars), une petite fortune à ses yeux. C'est pourquoi il n'avait pas racheté de casque après s'être fait voler le seul qu'il n'ait jamais possédé jusque-là.

"Un casque, c'est utile, ça protège les yeux de la poussière ! On est entré dans la saison sèche, c'est le moment d'en acheter un !", explique Roeun Ren, moitié motodop, moitié ouvrier de construction. En le titillant légèrement, il cède : "Bon d'accord, si j'en achète un c'est aussi parce qu'il y a cette nouvelle loi..." Etre pris à conduire sans casque sera sanctionné par une amende de 3 000 riels assortie d'une leçon de morale.

Des contestations
"Au Cambodge, on porte des casques de moto uniquement par crainte de l'amende. La sécurité routière, c'est le cadet de nos soucis ! On s'est contenté d'imiter les pays voisins où c'était déjà obligatoire. Très bien, mais alors qu'on pense à fabriquer des casques chez nous, cela donnera au moins du travail aux Cambodgiens, plutôt que de les importer !", fait valoir Sobol, un fonctionnaire trentenaire, qui jure aux grands dieux qu'il n'achètera pas de casque. Pourtant, on le rencontre dans une boutique spécialisée dans la vente de casques... "Je suis venu en acheter mais pour ma femme et mon enfant !"

Le fonctionnaire estime que cette nouvelle règle compliquera davantage la vie des moins fortunés, pour qui cet achat grève lourdement le budget et suggère que des dons de casque leur soient faits. "On veut que la population respecte le Code de la route, très bien, mais quid des riches et des puissants qui le violent à tout loisir sans jamais craindre de se faire arrêter ?"  

Guère convaincu de l'initiative, il expose l'histoire de ce jeune motard mort bien qu'il portait un casque. "Sa tête a été bien protégée, certes, mais son corps a été écrasé... Le casque n'est pas la solution miracle !"

Le casque utile... si bien choisi et utilisé
"Une ONG qui compte parmi nos partenaires a récemment envoyé aux Etats-Unis douze casques différents achetés sur le marché cambodgien pour les faire évaluer. Il en est ressorti qu'un seul satisfaisait aux dix points retenus pour être conforme aux standards internationaux ! Trop de casques en vente au Cambodge sont de mauvaise qualité. Quand on les coupe en deux, le polystyrène est soit de mauvaise facture soit remplacé par une mousse très mince... Je conseille aux conducteurs d'acheter les casques qui ont reçu la certification 'ISO', garante de leur qualité, et d'en choisir à la taille de leur tête. S'ils sont trop grands, ils se tournent et ne protègent pas convenablement", recommande Meas Chandy, responsable du projet de sécurité routière à Handicap International, heureux de cette mesure prise par le gouvernement.

Acheter un casque est une chose, l'utiliser à bon escient en est une autre. "Trop souvent, les motards utilisent mal leur casque. Ils le relookent, par exemple en le décorant d'autocollants, alors qu'il doit rester lisse, ou en le repeignant. Les couleurs claires doivent être conservées, au moins sur une bande, afin d'être visible des automobilistes la nuit tombée. D'autres ne prennent pas soin de fermer la jugulaire, ce qui rend le casque inutile...", relève Meas Chandy.

Des chiffres alarmants
Face aux récalcitrants, Meas Chandy convient que le casque ne protège pas à 100% "mais peut réduire les risques". Les statistiques lui donnent raison, qui montrent que dans 80% des accidents de la circulation, les victimes reçoivent de violents chocs à la tête. Et le responsable de suggérer à ses compatriotes de réduire et contrôler leur vitesse. "L'achat d'un casque représente un coût, mais bien moindre que les frais médicaux occasionnés par un accident !"

Le Premier ministre a rappelé le 22 décembre qu'en tête des causes de mortalité non naturelle au Cambodge figuraient les accidents de la route, suivies du virus du sida puis des accidents dus aux mines. Selon le secrétariat national de la sécurité routière, le nombre de morts sur la route a triplé depuis 2004. Le Cambodge se distingue ainsi comme le pays de l'Asean affichant le taux le plus élevé d'accidents de la circulation. 46% des blessés et morts au Cambodge sont dus à des accidents de la route, 63% de ceux qui perdent la vie dans la circulation étant des conducteurs de deux-roues.  

Le 1er janvier, la police de la circulation sera déployée aux quatre coins de Phnom Penh pour faire en priorité la chasse aux conducteurs qui ne se seraient pas encore soumis à la nouvelle règle, prévient Him Yan, commissaire adjoint de la police municipale de la circulation. Et les policiers, porteront-ils, eux, tous des casques ? "Nous, oui, car on en a reçus d'Handicap International et de l'ONG JRP ! Quant aux autres unités de la police, je ne sais pas si elles sont aussi bien loties que nous..."

 

 


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Casque à l'avant seulement

Pour l'heure, la circulaire du 6 octobre 2008, signé par feu Hok Lundy, l'ancien directeur général de la police nationale du Cambodge, n'oblige que les conducteurs des deux et trois-roues motorisés, et des remorques, à porter un casque, et non pas leurs passagers. "C'est encore trop tôt pour étendre cette obligation aux passagers. Dans le cas d'une moto-remorque, cela signifierait que le conducteur fournisse des casques à sa dizaine de clients !", fait valoir Meas Chandy.

 

 
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