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2009 au Cambodge : l'année de la récession ?
Par Laurent Le Gouanvic   
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12-03-2009

Cambodge - agriculture © John Vink / Magnum

Païlin (Cambodge), le 19 janvier 2008. Récolte de cassave. Même si le secteur agricole semble moins touché par la récession, les prix de certains produits, comme la cassave, sont en baisse
© John Vink / Magnum

Après avoir affiché des taux de croissance record à deux chiffres, l'économie cambodgienne va-t-elle connaître sa première récession en 2009 ? C'est en tout cas ce que redoutent des économistes du Fonds monétaire international (FMI), dans leurs conclusions publiées le 6 mars à l'issue d'une mission d'une semaine au Cambodge destinée à évaluer l'impact de la crise dans le royaume. Les multiples révisions des prévisions de croissance [lire à ce sujet la chronique Vu sur la Toile du 23/02/2009], bien qu'alarmistes, étaient jusque-là pondérées par des recommandations mettant en valeur les atouts de l'économie de ce petit Etat asiatique. Cette fois, le ton est monté d'un cran et les experts de l'auguste institution l'avouent tout de go : ils ne répondent plus de rien tant les incertitudes qui pèsent sur le pays sont grandes. Face à ce constat, les quelques recommandations du FMI ou de la Banque asiatique du développement, qui tenait forum en début de semaine à Manille, semblent surtout témoigner de l'impuissance dans laquelle se trouvent nombre de pays en voie de développement comme le Cambodge.


Un mot et un mal jusque-là inconnus
"Récession". Qui eût cru, il y a encore quelques mois, que ce mot ferait son apparition dans le vocabulaire économique cambodgien jusque-là cantonné aux termes "croissance", "développement" et "expansion" ? Si l'équipe d'experts du Fonds monétaire international, tout droit venue de Washington, en visite au Cambodge du 25 février au 4 mars, s'est d'ailleurs bien gardée d'employer le mot qui fait peur, ses conclusions n'en sont pas moins explicites : le Produit intérieur brut (PIB) cambodgien devrait, selon ses projections, chuter de 0,5% en 2009 par rapport à l'année précédente.

De rapport en rapport, le tableau se noircit
"Les prévisions pour l'économie du Cambodge cette année et la suivante sont considérablement moins favorables que celles envisagées [lors d'une précédente mission consultative à la fin de l'année 2008]", expliquent-ils, non sans prendre soin de détailler les motifs de leurs inquiétudes. "Les exportations de la confection textile sont sous pression en raison d'une demande des consommateurs moindre aux Etats-Unis et dans l'Union européenne. La croissance des entrées touristiques est devenue négative alors que le déclin économique dans les pays qui constituent des sources essentielles de touristes impose des coupes dans les dépenses discrétionnaires [dépenses qui ne sont pas liées à la satisfaction de besoins essentiels, NDLR]. De plus, l'inflation élevée, l'an dernier, combinée à la récente appréciation du dollar américain et du riel ont réduit la compétitivité du Cambodge. Les activités du secteur de la construction et les investissements étrangers ralentissent rapidement alors que les investisseurs externes réduisent [leurs investissements] et que les conditions de financements se resserrent", énumèrent les économistes.

Seules touches positives de ce tableau décidément de plus en plus sombre : "l'an dernier, le secteur agricole a obtenu de meilleurs résultats que prévus", soulignent-ils, précisant dans la foulée que "la chute globale des prix agricoles risque de limiter les bénéfices supplémentaires cette année" ; et l'inflation pourrait redescendre à un taux à un chiffre, sous les effets conjugués de la baisse des cours du pétrole et des produits agricoles et d'une chute de la demande.   

Un discours nouveau : "on ne sait pas"
Somme toute, ce constat a comme un goût de déjà-vu et ressemble fort, en plus appuyé, à ce que la Banque mondiale, la Banque asiatique de développement, le gouvernement cambodgien et le FMI lui-même avaient déjà anticipé à la fin de l'année 2008, avec des prévisions de taux de croissance qui variaient toutefois, d'un organisme à l'autre, de 1 à 6. Mais cette fois, le FMI affiche un inquiétant désarroi face une situation qui semble hors de contrôle, d'après les conclusions même de ses experts, ces derniers soulignant le "degré d'incertitude" bien supérieur à la normale de leurs propres analyses. "Les projections pour 2010 sont également très incertaines, dépendant étroitement des perspectives de croissance globales et régionales", reconnaissent-ils.  

Le dogme de la rigueur budgétaire révolu
En dépit de ce climat d'incertitude et de la forte dépendance du Cambodge aux économies étrangères, le groupe de mission du FMI a tenu à faire part de plusieurs recommandations. Il invite ainsi le gouvernement à mettre en route un "plan de relance fiscale" plus large que celui initialement envisagé par le gouvernement dans son budget 2009, une suggestion que les autorités auraient, après discussions, l'intention de suivre. Rompant avec ses habituels appels à l'austérité étatique, le FMI estime désormais que l'Etat cambodgien pourrait s'autoriser sans dommage un déficit budgétaire de 4,75% du PIB, un taux qui serait, en définitive, supérieur à l'objectif de 4,25% que s'était fixé le gouvernement dans le budget 2009, alors que le FMI préconisait, il y a encore un mois très précisément, à titre exceptionnel, un déficit budgétaire de 3,25% alors jugé suffisant pour "donner une impulsion fiscale appropriée sans obérer les efforts de stabilisation" jusque-là engagés par l'Etat cambodgien.

Autre recommandation, elle aussi nouvelle de la part du FMI : que le plan de relance additionnel prévoie aussi et surtout une augmentation des dépenses afin de "soutenir plus efficacement la croissance", plutôt que de diminuer les recettes dont le niveau est déjà faible. Des dépenses qui doivent viser deux objectifs, précisent les économistes : assurer des "filets de sécurité" pour les pauvres et mettre en place des infrastructures de haute qualité pour "renforcer la compétitivité" du royaume. Deux nobles préoccupations qui amènent toutefois à s'interroger : fallait-il vraiment attendre cette crise pour que le FMI intimât au Cambodge et aux pays en voie de développement de se fixer de telles priorités ?

 


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