| Jusqu'au vendredi 28 novembre se déroule à Siem Reap le "Angkor Photography Festival", une manifestation créée en 2005 dans le but de soutenir une trentaine d'artistes asiatiques émergeants. Ces derniers participent à des ateliers animés par des photographes professionnels de renom, parmi lesquels, cette année, Antoine d'Agata, Patrick de Noirmont ou Vincent Soyez. Parallèlement, les festivaliers peuvent assister à des projections et visiter quatre expositions présentant soixante-dix artistes internationaux. Dans la foulée, dès le 29 novembre, ce sera au tour de la capitale du Cambodge d'accueillir la première édition de son festival de photographie. Organisé par le Centre culturel français (CCF), "Photo Phnom Penh" proposera treize expositions d'artistes internationaux dans divers lieux de la capitale, des projections et une "Nuit de l'année" spéciale, sur le Wat Botum. Christian Caujolle, directeur artistique de cette première édition de "Photo Phnom Penh" et fondateur de l'agence VU à Paris raconte à Ka-set sa rencontre avec le Cambodge et les raisons qui ont conduit à la création d'un nouveau rendez-vous des arts photographiques au Cambodge.
Ka-set : Pourquoi avez-vous accepté d'assurer la direction artistique de Photo Phnom Penh, le premier festival photographique de la capitale du Cambodge ? Christian Caujolle : Le Cambodge et moi, c'est une histoire qui remonte à la fin des années 1990. Pendant quatre ans, j'ai donné des cours de photos à des stagiaires cambodgiens. A l'époque, il n'y avait rien ici pour faire de la photo, aucun endroit pour faire des tirages par exemple. Je me rappelle qu'un ami photographe, Sothy Tang Chhin, avait été obligé de faire appel à des Japonais pour obtenir des agrandisseurs... Connaissant mon passé avec le pays, Alain Arnaudet [directeur du centre culturel français à Phnom Penh], que je connaissais au travers des Rencontres d'Arles [un festival photo annuel qui se déroule entre juillet et août dans la cité d'Arles, en France, ndrl] a eu l'idée de faire appel à moi pour organiser les expositions. J'ai tout de suite dit oui. K7 : Quelles ont été vos exigences, avant d'accepter d'y prendre part ? C.C. : Par exemple, que tous les photographes qui exposent puissent venir ; que tous les participants soient payés, bref que "Photo Phnom Penh" soit un festival à la hauteur des autres festivals photos prestigieux qui existent de par le monde ; que ce soit un événement de qualité parce que les Cambodgiens ont droit à cette qualité. Je ne voulais pas que les expositions aient lieu dans des galeries privées pour que le plus grand nombre puisse voir les œuvres librement. Enfin, en ce qui concerne les images, je ne voulais surtout pas d'exotisme. Mon but était de confronter plusieurs visions du monde, des regards khmers, français… K7 : Combien de candidatures cambodgiennes avez-vous reçues pour les expositions et combien en avez-vous retenues ? C.C. : J'ai reçu une quinzaine de dossiers, uniquement des hommes, car la photographie, comme beaucoup de domaines au Cambodge, reste pour l'instant l'apanage des garçons. J'en ai retenu quatre (Khvay Samnang, Chhin Taingchhea, Heng Ravuth et Lyno Vuth) dont deux sont, pour moi, vraiment exceptionnels. Tous exposeront leurs oeuvres, mais je regrette de ne pas avoir reçu davantage de candidatures. J'espère vraiment rencontrer d'autres photographes cambodgiens durant le festival. K7 : "Photo Phnom Penh" a lieu dans la foulée "d'Angkor Photography Festival", le festival photo de Siem Reap qui existe depuis 2005. Etait-il nécessaire de créer un nouvel événement concernant le même domaine dans un pays en développement comme le Cambodge ? C.C. : Le festival de Siem Reap se focalise surtout sur les ateliers de travail et les projections. Il y a très peu d'exposition faute de lieux où pouvoir le faire. De surcroît, en organisant un festival à Phnom Penh, beaucoup plus de Cambodgiens peuvent en profiter. Attention ! Je n'ai rien contre le festival de Siem Reap. Les organisateurs sont des amis. Mais pour toucher un plus large public, il fallait le faire, selon moi, dans la capitale. Les deux festivals sont complémentaires. K7 : Que peut apporter un tel événement au pays ? C.C. : Déjà, simplement, il permettra aux Phnompenhois, pendant un instant, de penser à autre chose, de s'évader. Ces clichés seront autant de fenêtres vers un ailleurs qu'ils ne connaissent pas. Ensuite, si cela peut susciter de nouvelles vocations, ce sera formidable. J'espère aussi découvrir de nouveaux talents. Si un photographe cambodgien peut percer dans ce métier et exposer dans d'autres pays, ce sera formidable pour le Cambodge, qui prouvera au monde entier qu'il abrite des artistes de talent. Bien sûr, ce n'est pas évident de percer. Cela ne l'est déjà pas pour un Européen ! Mais c'est possible. Il y a quelques années, j'ai découvert Mak Remissa, un photographe cambodgien très talentueux. Or l'an dernier, il a exposé à Photoquai, à Paris. Je pense sincèrement que ce festival peut cristalliser des énergies. Et j'espère que l'an prochain, il y aura des moyens suffisants pour recommencer.
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Par Achey
Par Ben du Cambodge
Par Fournier