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Drogue, sexe et sida : un cocktail explosif qui menace le Cambodge ?
Par Stéphanie Gée   
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25-11-2008

Drogue - sida - Cambodge © John Vink / Magnum

Phnom Penh (Cambodge), le 17 mars 2004. Usager de drogue, pris en charge par l'ONG Friends dans le cadre d'un programme d'échange de seringues usagées afin d'éviter des contaminations au VIH-sida
© John Vink / Magnum

L'épidémie de sida semble s'être stabilisée au Cambodge, avec une prévalence de 0,9% chez les 15-49 ans, un taux qui s'envole chez les populations dites "à très haut risque" telles que les prostituées (14,7%), les hommes ayant des relations sexuelles avec d'autres hommes, selon la formule consacrée, (5,1%), et... les toxicomanes ayant recours à des drogues injectables (24,4%, contre 1,1% chez ceux qui n'injectent pas la drogue), de plus en plus nombreux dans le royaume. Un dernier chiffre révélé par la première enquête sérieuse jamais effectuée pour établir la prévalence du VIH/sida chez les consommateurs de drogue, et dont les conclusions ont été rendues publiques le 14 novembre 2008 par le Centre national pour le VIH/sida, la dermatologie et les MST (NCHADS). Cette étude a été conduite avec une assistance financière et technique de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), entre juillet et octobre 2007, auprès de 500 drogués interrogés dans les rues de Phnom Penh et également dans les quatre centres de réinsertion qui leur sont dédiés dans la capitale et les provinces de Siem Reap, Battambang et Banteay Meanchey.

 

Deux profils de drogués
A l'origine de ce taux élevé de séropositifs chez les toxicomanes, le recours à de seringues déjà utilisées par des pairs et les comportements sexuels à risque que génère très souvent la prise de drogue. L'étude du NCHADS s'attache tout d'abord à dresser le portrait de deux profils de drogués, selon qu'ils consomment ou non des drogues injectables.

Il s'avère ainsi que, sur l'échantillon retenu, les adeptes de la prise de drogue par intraveineuse vivent pour 68% d'entre eux dans la rue, sont âgés en moyenne de 23 ans et n'ont, pour plus d'un tiers d'entre eux, jamais été scolarisés. Quant à ceux qui ne s'injectent pas la drogue, dont l'âge moyen est de 21 ans, plus de la moitié vit chez des parents et moins de 10% d'entre eux n'ont pas connu les bancs de l'école. Sans surprise, les premiers affectionnent particulièrement l'héroïne, tandis que les seconds s'adonnent au yama et aux méthamphétamines cristallisées, plus communément appelées "crystal" ou encore "ice".

Les échanges insalubres de seringues
La dernière fois qu'ils se sont injectés de la drogue, un tiers de cette catégorie de drogués sondés admet avoir pratiqué l'échange d'aiguilles et de seringues avec leurs camarades, et un quart rapporte avoir consommé, au cours du mois passé, des drogues injectables qui avaient été préalablement dissoutes dans le sang de quelqu'un d'autre.

Les réflexes hygiéniques existent-ils ? Près des trois quarts assurent avoir, au cours du mois précédant l'interview, toujours pris soin de nettoyer ou d'utiliser de nouvelles seringues et aiguilles avant l'injection. Là où le bât blesse, c'est que la grande majorité, 70%, procède à un lavage à l'eau froide, faute de mieux, qui se révèle inefficace. A ce jour, il a été découvert que seule l'eau de javel non diluée, si agitée dans la seringue souillée durant 30 secondes avec un lavage soutenu à l'eau avant et après l'opération, peut diminuer les risques de contamination.

Les pharmacies, puis les centres gérés par des ONG qui leur sont destinés, sont les premiers lieux où les drogués se rendent pour s'approvisionner en seringues et aiguilles propres. Les premiers programmes d'échange de seringues, qui consistent à récolter celles usagées et à en fournir de nouvelles, stériles, aux drogués pour prévenir toute contamination, ont été officiellement mis en place en 2004 au Cambodge. Si, dans un premier temps, les autorités cambodgiennes ne les avaient pas vus d'un bon oeil, elles se sont assez vite ralliées à cette stratégie "qui a prouvé qu'elle ne favorise pas une multiplication des injections", souligne Nicole Seguy, de l'OMS, qui a collaboré à l'enquête du  NCHADS. Autre mesure de réduction des risques qui sera mise en place dès 2009 par les instances sanitaires du pays, des programmes de distribution de drogues de substitution, en l'occurrence des traitements d'entretien à la méthadone dans les hôpitaux.

Encore de graves lacunes dans la connaissance du sida
Une majorité des toxicomanes interrogés confesse avoir eu, au cours de l'année passée, des rapports sexuels immédiatement après la prise de drogue. Ils sont encore plus nombreux, les quatre cinquièmes, à reconnaître que la consommation de drogue contribue à stimuler la libido. Au cours de l'année précédente, un peu moins du tiers ont systématiquement adopté le préservatif dans leurs rapports avec leur partenaire régulier. Quand le partenaire est occasionnel ou un(e) prostitué(e), ils sont entre 60 et 70% à avoir privilégié des rapports protégés.

Sur les connaissances des risques que leurs comportements leur font courir, tous ne sont pas au point. Ainsi, entre 13 et 17% d'entre eux ignorent qu'un usage adéquat du préservatif peut prévenir toute transmission du virus VIH/sida et autour de 23% ne se doutent pas que l'utilisation d'aiguilles déjà usagées constitue un vecteur potentiel de transmission du virus. Chiffre plus étonnant encore, la moitié d'entre eux affirment ne pas savoir qu'ils peuvent avoir accès à des traitements antirétroviraux au Cambodge s'ils en ont besoin. Ils ne sont par ailleurs que la moitié à avoir déjà passé un test du sida...

Les notions qu'ils possèdent sur le VIH/sida, ils expliquent les avoir reçues principalement des employés d'ONG, du personnel des centres de réinsertion et par le biais des médias audiovisuels.

Dans ses recommandations, destinées à mieux orienter les programmes élaborés à destination des drogués, le NCHADS appelle à ce que davantage de programmes destinés aux drogués soient mis en place afin de bannir des mauvaises habitudes de ce groupe l'échange d'aiguilles et de seringues ainsi que l'inconsistance dans le recours au préservatif, afin également de mieux les informer encore sur le fléau du sida et de les encourager à se faire tester régulièrement. Aucune donnée générale sur le nombre de drogués que compte le Cambodge n'est malheureusement communiquée dans le compte-rendu des résultats de l'enquête.

Si Nicole Seguy nourrit une inquiétude, c'est celle de voir les personnes qui avalent ou sniffent les substances psychotropes "se mettre aux drogues injectables, notamment les enfants des rues qui prennent tout ce qui circule sur le marché". D'ici deux à trois ans, précise-t-elle, une nouvelle enquête devrait être menée pour prendre la mesure de l'évolution des habitudes et comportements à risque de cette population.

En Indonésie, l'injection de drogue, particulièrement endémique, est devenue la première voie de transmission du sida, qui concerne une population majoritairement jeune, et donc sexuellement active, et urbaine. Le Cambodge pourrait-il prendre le même chemin ? Ce scénario, aussi alarmant soit-il, ne doit néanmoins pas nourrir davantage de discrimination à l'égard des drogués, voire les exclure des programmes de prévention et de traitement du sida comme cela s'est produit en Thaïlande.



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