
Ream (Kompong Som, Cambodge), le 17 novembre 2007. Rithy Panh, réalisateur, sur le tournage de "Un Barrage contre le Pacifique", une adaptation du livre de Marguerite Duras © John Vink / Magnum Après le Français René Clément en 1958, c'est le réalisateur cambodgien Rithy Panh qui porte à l'écran "Un barrage contre le Pacifique", l'un des premiers romans de Marguerite Duras, qui la fit connaître au grand public il y a cinquante-huit ans. Le film met en scène Isabelle Huppert, récemment nommée présidente du jury du prochain festival de Cannes, du 13 au 24 mai, face aux jeunes Gaspard Ulliel et Astrid Berges-Fisbey. Il sort mercredi 7 janvier dans les salles de l'Hexagone.
Rithy Panh explique dans le documentaire "Oncle Rithy" (2009) de Jean-Marie Barbe, qui lui est consacré, avoir voulu s'approprier cette œuvre de Marguerite Duras qu'il affectionne particulièrement. Avec à l'esprit une préoccupation : qu'est-ce qu'un cinéaste cambodgien peut apporter à ce texte et comment l'interpréter fort de son propre vécu, celui d'un Cambodgien rescapé du régime khmer rouge, au sortir duquel il trouva refuge en France avant, plus tard, de devenir diplômé de l'Institut des hautes études cinématographiques, à Paris ? Un retour à la fiction pour ce réalisateur obsédé par le travail de mémoire et l'identité du peuple cambodgien, qui, ces dernières années, a essentiellement tourné des documentaires : "S21, la machine de mort khmère rouge" (2004), "Les Artistes du théâtre brûlé" (2005), "Le Papier ne peut pas envelopper la braise" (2007). "Un barrage contre le Pacifique", dont les scènes ont été tournées dans le parc national de Ream, dans le Sud du Cambodge, qui offre un décor naturel exceptionnel, puise dans les souvenirs de jeunesse de la romancière. Dans le Sud de l'Indochine française du début des années 1930, il dresse le portrait d'une mère ombrageuse et possessive, inspirée de la mère de Duras, qui se bat contre les éléments et les fonctionnaires du cadastre corrompus, avec en toile de fond une critique du système colonial. La mère, campée par Isabelle Huppert, est le maillon central de cette histoire et la force centrifuge du frêle équilibre qu'elle réussit à maintenir autour d'elle. La mère a été flouée par l'administration coloniale qui lui a cédé une concession au bord du golfe du Siam, une terre en fait inondable sur laquelle rien ne peut pousser. Entre lassitude et colère, elle bascule peu à peu dans la folie, personnage en proie aux contradictions. Avec l'énergie du désespoir elle se lance dans un impossible combat contre les marées. Ses économies ont peut-être été englouties dans cet investissement foncier malheureux, mais cette veuve austère entend sauver des eaux sa terre et celles des paysans cambodgiens du village par la construction d'un barrage. En marge de la société coloniale, ruinée, cette mère de deux enfants, Joseph (20 ans) et Suzanne (16 ans), qu'elle voudrait tant pouvoir retenir, accepte que sa fille se laisse courtiser par le fils d'un riche homme d'affaires chinois, M. Jo. Une concession motivée uniquement par le besoin d'argent de cette famille en déroute dont les membres ont tissé entre eux des liens passionnels et destructeurs. Dompter les hautes marées qui submergent d'octobre à février les terres et rendent le sol toxique : là où la mère de Marguerite Duras, Mme Donnadieu, a échoué sans doute faute de moyens techniques et financiers, les ingénieurs du protectorat français, au cours des années 1930, puis, plusieurs décennies plus tard, à la fin des années 1990, l'Agence française de développement (AFD), instrument financier de la coopération française, et ses partenaires, ont réussi. Entre ces deux projets d'envergure, les digues et ouvrages de drainage seront plus ou moins laissés à l'abandon. Les ambitieux travaux d'aménagement des six polders de Prey Nup, dans la municipalité de Sihanoukville, démarrés en 1998, se sont achevés huit ans plus tard, et auront mobilisé trois financements de l'AFD, rappelle l'ambassade de France au Cambodge sur son site. Aujourd'hui, grâce aux 89 kilomètres de digues réhabilités et 130 kilomètres de canaux, près de 10 000 familles peuvent tirer profit des quelque 10 000 hectares de terres rizicoles. Les rendements moyens sont ainsi passés d'1,5 tonne par hectare à 2,7 tonnes par hectare. Avec, ce qui en fait une expérience pilote, la création d'une Communauté des usagers des polders, créée pour entretenir et gérer les infrastructures réhabilitées, et collecter une redevance auprès des familles propriétaires. Les rêves de la mère du "Barrage contre le Pacifique" se sont enfin réalisés.
Egalement sur Ka-set Diaporama sonore sur le tournage du film de Rithy Panh "Un barrage contre le Pacifique"
- Ieu Pannakar, mémoire de l'audiovisuel cambodgien (01-08-2008) - Les Cambodgiens provinciaux se font leur cinéma (05-08-2008) - La production cinématographique cambodgienne asphyxiée par les pirates du nouveau monde (08-07-2008)
|
Par Achey
Par Ben du Cambodge
Par Fournier