
Phnom Penh (Cambodge), 22 novembre 2008. Laurence Leblanc, photographe © John Vink / Magnum Laurence Leblanc. A première vue, le nom peut paraître commun. Mais lorsqu'on entre dans le monde de cette photographe parisienne de 41 ans, on se dit qu'il lui va plutôt bien. Deux L pour une femme en effet très plurielle, deux ailes pour un regard qui se porte loin mais reste toujours ancré dans la réalité. Actuellement, Laurence Leblanc séjourne à Phnom Penh, pour le premier festival photo qu'accueille la capitale du Cambodge. Le Musée national expose une partie de son travail sur l'enfance, soit une quinzaine de clichés en noir et blanc, flous, dont elle a fait un livre édité chez Actes Sud : Rithy, Chea, Kim Sour et les autres. Une fois l'exposition terminée, elle fera cadeau des tirages au Centre Bophana. "C'est la moindre des choses, non ?", lance simplement cette amoureuse de l'image.
L'histoire en direct Sa première rencontre avec le Cambodge a lieu en 1997. Elle a 30 ans, n'est pas encore connue, et travaille comme petite main au théâtre antique d'Arles, dans le sud de la France, où elle assiste les projectionnistes. "Nous devions projeter des photos de prisonniers prises par l'ancien photographe des Khmers rouges Nhem En à S-21, le centre de torture à Phnom Penh. Au dernier moment, la séance à laquelle devait se joindre Vann Nath, le peintre survivant de S-21, a dû être annulée à cause de la tentative de coup d'Etat au Cambodge. Vann Nath ne pouvait plus se rendre en France. C'était l'histoire en direct et ça m'a bouleversée", se souvient Laurence Leblanc. Cette année-là, le festival des Rencontres photographiques d'Arles sera également pour elle le théâtre d'autres rencontres, notamment avec Christian Caujolle, le fondateur du service photos du quotidien français Libération. Dès lors la photographe ne manquera plus ce rendez-vous annuel et en profitera à chaque fois pour montrer son travail à Christian Caujolle. "Je ne me doutais pas que quelques années plus tard, je ferais partie de VU, son agence photo." Rentrée à Paris, la jeune femme se renseigne sur le Cambodge et croise, en France, de nombreux Cambodgiens. "Je n'avais pas d'argent pour me rendre dans ce petit royaume qui m'attirait énormément, mais je savais que j'irais un jour…" Elle attendra deux ans pour réaliser son souhait, grâce au coup de pouce d'une amie. "Elle m'a proposé de faire le repiquage de ses photos au pinceau, ce qui est une de mes spécialités. Avec l'argent qu'elle m'a donné, je suis partie." Elle débarque donc au Cambodge en décembre 1999, pour une quinzaine de jours. "J'ai continué ce travail sur l'enfance que j'avais initié deux ans plus tôt en France et au Maroc. En me rendant au Cambodge, je voulais savoir comment vivaient des enfants après un génocide. Mon idée était aussi de confronter ma solitude à la leur, loin de tout, oubliés du monde." Son travail sur l'enfance au Cambodge récompensé A la veille de l'an 2000, elle se trouve dans une chambre d'hôtel à Phnom Penh, écrit des cartes postales et éprouve un immense bonheur : "Je ressentais que ce que je faisais là était en accord avec moi, que je ne me trompais pas. On pourrait croire que passer son réveillon de cette façon est un peu glauque, moi je m'étais rarement sentie aussi bien." Un sentiment conforté le lendemain, lorsqu'elle reçoit un appel de France lui apprenant qu'elle a obtenu le prestigieux prix Villa Médicis à la suite du dossier qu'elle avait soumis au jury, contenant un choix de ses photos sur l'enfance et un projet de le poursuivre au Cambodge. "C'était un moment magique, se souvient-elle. Non seulement mon travail sur l'enfance était récompensé mais en plus, grâce à la somme allouée pour ce prix, je savais que j'allais pouvoir retourner au Cambodge et développer mes films." Le sourire khmer lui aura donc porté bonheur car, dès 2001, son travail est exposé à l'agence VU et gagne en 2003 le prix HSBC qui lui permet d'éditer son premier livre chez Actes Sud. L'art, "un moyen de faire du bien" Depuis, Laurence Leblanc est revenue plusieurs fois au Cambodge, notamment pour faire un autre travail photographique, cette fois-ci sur les nonnes : "C'est un pays où je me sens bien, j'ai l'impression qu'une partie de moi-même est cambodgienne, avoue la photographe. Et c'est pourquoi le festival de Phnom Penh me semble important. Ce pays m'a beaucoup donné, j'aimerais que les Cambodgiens, lorsqu'ils voient ces clichés de photographes internationaux, trouvent de l'énergie, pensent à autre chose, s'imprègnent d'autres images. Et si, en plus, cela peut donner la vocation à un jeune, ce sera formidable ! Bien sûr, on peut se demander quel est le sens d'un tel événement dans un pays comme le Cambodge : c'est la théorie du verre à moitié plein ou à moitié vide, soit on ne fait rien, soit on le fait et dans ce cas, il est important de s'en donner les moyens pour que les Cambodgiens, comme en France ou dans d'autres pays, aient droit à des événements de qualité. Et si ces petites fenêtres sur le monde que sont les photos peuvent leur faire du bien, alors cet événement vaut le coup." Bouddhiste depuis dix-sept ans, Laurence Leblanc considère que "l'art est un moyen de faire du bien" et si d'aucun trouve qu'il s'agit là d'un cliché, gageons que la photographe ne lui donnera pas tort.
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Par Achey
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Par Fournier