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Le surpoids à Phnom Penh, un problème à ne pas prendre à la légère
Par Corinne Callebaut   
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22-12-2008

Phnom Penh - stade olympique - gym © John Vink / Magnum

Phnom Penh (Cambodge), le 19 décembre 2008. L'activité physique (ici au stade Olympique) demeure l'un des meilleurs remèdes contre l'obesité qui touche de plus en plus de Cambodgiens
© John Vink / Magnum

A l'image des voitures ou des immeubles qui poussent dans la capitale, les Phnompenhois deviennent de plus en plus gros. Inactivité, changement de mode de vie, nourriture plus riche, la capitale du Cambodge, à l'instar d'autres capitales d'Asie du Sud-Est, fait face à un problème… de poids. Et si la malnutrition continue à faire des ravages dans le royaume, elle conduit également en milieu urbain à une augmentation de la masse graisseuse, qui, au-delà de préoccupations esthétiques, contribue à faire apparaître de nouveaux problèmes de santé ou à accentuer ceux existants, tel le diabète.

 

Petits et grands concernés par le surpoids
Aucune statistique n'est à ce jour disponible sur le sujet au Cambodge. Toutefois, force est de constater que les habitants de Phnom Penh prennent du poids et qu'il n'est plus rare de rencontrer des enfants et des adultes aux estomacs plus que rebondis dans la capitale. "Je travaille dans cette école depuis cinq ans, explique Narith Preth, institutrice à la Newton Thilay School IV sur le boulevard Monireth, à Phnom Penh, et cela fait au moins deux rentrées que je remarque que les enfants sont plus gros. Certains sont obligés de prendre des tailles d'uniforme deux fois plus grandes que celle de leur âge !" 


Une constatation que fait également le docteur Jacqueline Dicquemare, présidente de l'association Micadev (Mission Care Development Organisation) :"Beaucoup de Cambodgiens de la capitale ont amélioré leur niveau économique, font moins d'enfants et les gâtent beaucoup plus. En outre, modérer leur nourriture est considéré comme une privation… peut-être réveillant de mauvais souvenirs", explique cette endocrinologue, qui vient fréquemment effectuer des missions humanitaires médicales à l'hôpital Preah Kossamak. Même constat du côté des piscines, comme au VIP, où un employé un peu moqueur dit "n'avoir jamais vu autant de ventres qui tombent" que depuis qu'il travaille dans ce centre sportif nautique. 


"Le problème est que le fait d'être gros dans certaines cultures et notamment dans les pays d'Asie du Sud-Est est assimilé à la richesse, explique Trisha Dunning, professeur d'endocrinologie à l'université de Melbourne en Australie. Même avoir du diabète est considéré comme un signe d'opulence car, pour ces pays, cela signifie qu'on mange bien, beaucoup de sucre, ce qui est rarement vrai." De fait, Mae Li, une petite fille 9 ans affichant déjà un sacré embonpoint est plutôt fière de sa bedaine : "Des fois, il y a des enfants qui se moquent de moi mais la plupart du temps, ils me respectent davantage parce qu'ils devinent que je mange bien car mes parents sont riches…"

Inactivité et mauvaises habitudes alimentaires
Si le problème reste en-deçà de ce que connaissent les pays développés de l'hémisphère nord, il ne manque pas d'alerter certains médecins. Ainsi, Marc Frère, un diabétologue-endocrinologue français, œuvrant également pour la Micadev, s'alarme de la prise de poids des Phnompenhois. "Il y a encore quelques années, ce problème n'existait pas. Maintenant, on voit de plus en plus de personnes en surpoids, notamment des enfants. Mais cela ne m'étonne guère. Avant, tout le monde circulait en vélo ; maintenant, la plupart des habitants sont motorisés, même les enfants sont emmenés à l'école en voiture ou à moto. Il y a une sédentarité certaine qui s'installe." 


Pour Jacqueline Dicquemare, le problème vient aussi des nouvelles habitudes alimentaires de la population : "Non seulement les Phnompenhois font beaucoup moins d'activité physique mais ils ont gardé leurs anciennes habitudes alimentaires, et continuent de manger beaucoup de riz blanc, ce qui ne pose pas de problème quand on ne mange que ça mais qui devient plus dangereux quand on y ajoute d'autres nutriments comme des œufs, de la viande, du sucre et des boissons sucrées, comme le font les plus aisés."

Des risques pour la santé
Et le danger existe. Car si le surpoids pose un problème esthétique, il favorise surtout l'apparition du diabète, un mal dont souffrent déjà énormément les Cambodgiens : "Il existe déjà dans le pays une forte incidence du diabète, affirme le docteur Dicquemare. Celle-ci est proche des pays développés alors que l'espérance de vie au Cambodge [faible : autour de 60 ans] devrait diminuer le nombre de diabétiques puisque le diabète de type 2, de loin le plus fréquent, est une maladie diagnostiquée chez les plus de 40 ans". 

La spécialiste cite des études canadiennes qui "attribuent cette forte incidence à ce qu'ils appellent le 'phénomène de l'épargnant' : parmi les populations soumises pendant plusieurs générations à des situations de pénurie, la sélection s'est faite en faveur de ceux ayant un métabolisme énergétique d'épargne, en gros, à ceux qui parvenaient à stocker le plus, ce qui a permis la survie… Mais quand disparaît la pénurie, ces individus présentent une prédisposition au surpoids et à l'insulinorésistance, si à cela s'ajoute la sédentarité, le mal est fait et va perdurer".

En outre, la forte prévalence des maladies virales telles que l'hépatite ou le VIH favorisent également une apparition précoce du diabète et une évolution plus grave, de quoi s'inquiéter plus sérieusement de la prise de poids des Phnompenhois.

Priorité à la lutte contre la sous-nutrition
Pourtant, jusqu'à maintenant, aucune politique de santé publique n'a été entreprise à Phnom Penh, ce qui s'explique notamment par le fait que les médecins spécialistes de l'alimentation sont davantage occupés à trouver des solutions aux problèmes de sous-nutrition, qui continuent de sévir cruellement au Cambodge, plutôt qu'aux problèmes de surpoids, encore sporadiques et qui ne touchent que les zones urbaines. 

"Ces problèmes existent, admet le docteur Ou Kevanna, directeur du Programme national de nutrition du Cambodge. D'autant plus que les hommes boivent beaucoup plus, notamment de la bière, et qu'ils font moins d'exercice, donc ils grossissent. Cependant, nous nous occupons d'abord des enfants et des mères qui souffrent de malnutrition. Ces problèmes-là conduisent encore trop souvent à la mort dans le royaume." En effet, de nos jours, environ 50 % des enfants sur le plan national et jusqu'à 80 % en zone rurale ne mangent pas à leur faim… Une situation qui s'est aggravée durant les quinze dernières années.

Les Phnompennois se prennent en main
Toutefois, les Phnompennois semblent petit à petit prendre conscience de ce problème de poids. Ainsi, ils sont de plus en plus nombreux à investir les salles de sport, mais aussi les espaces en plein air, comme les jardins devant le ministère de la Défense, ceux de l'université de Phnom Penh et surtout le stade Olympique. A l'image de Madame Pheap. A 30 ans, la jeune femme, mère de trois enfants, pèse 83 kg pour environ 1,55 m. Depuis deux mois, elle vient faire de l'exercice dans l'enclave du stade, au son de musique techno : "Après mon troisième accouchement, j'ai fait une dépression et j'ai beaucoup grossi. Le docteur m'a expliqué que cela provenait aussi du fait que je restais chez moi à ne rien faire et que je mangeais trop. Il m'a fait comprendre que toute cette graisse n'était pas bonne pour mon corps, c'est pour ça que j'ai commencé à venir ici. J'ai déjà maigri de douze kilos et il faut que j'en perde encore dix !"

Et visiblement, son cas n'est pas isolé : "De nombreuses amies sont dans le même cas que moi et ont aussi beaucoup de graisse à perdre", explique-t-elle. Plus loin, Heng Y, 57 ans et 14 ans de sport dans les baskets, constate que le stade ne désemplit pas : "Depuis 2003, il y a de plus en plus de monde, constate-t-il. Je crois que les gens ont pris conscience qu'ils devaient prendre soin de leur corps, pour des raisons physiques mais aussi mentales…"

Le tout reste de savoir si cet élan sportif suffira à enrayer le phénomène du surpoids à Phnom Penh et si la capitale cambodgienne ne suivra pas l'exemple de pays voisins, comme la Thaïlande, qui compte, selon l'Unicef, 
7 % d'enfants de moins de 5 ans en surcharge pondérale ou la capitale indonésienne Jakarta, où une étude récente a montré que 16 % des enfants en âge préscolaire parmi les familles les plus aisées étaient obèses. Si Phnom Penh et le Cambodge n'en sont pas là, ces statistiques restent tout de même un argument… de poids.
 

 


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Ailleurs sur le Net 
- Site "Food Security and Nutrition" : données notamment sur l'alimentation et la nutrition au Cambodge

- Site du Population Reference Bureau, qui explique comment les pays en développement se retrouvent avec un "double-fardeau" : celui de la sous-nutrition et celui du surpoids, voire de l'obésité

 

 
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