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Communauté musulmane (1) : les prémices d'un islam puritain apparaissent au Cambodge
Par Chheang Bopha   
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03-09-2008

 musulmans - islam - cambodge © Chheang Bopha

Kompong Som (Cambodge), le 12 juillet 2008. Adolescentes musulmanes étudiant à l'école coranique du village d'Ochrov
© Chheang Bopha

Certaines Cambodgiennes musulmanes se sont transformées au cours des dernières années en silhouettes fantomatiques, drapées dans de longues et larges robes noires, la tête ceinte d'un voile qui ne laisse apparaître que leurs yeux. Une tradition le plus souvent introduite dans des foyers sur les exhortations de membres de la communauté partis étudier dans des écoles coraniques, généralement basées dans la région, ou en pèlerinage dans les pays du Proche-Orient, et revenus avec une lecture rigoriste du Coran. Ces tenants d'un islam puritain ne représentent néanmoins qu'une minorité, quelque 2% d'une communauté musulmane forte de 500 000 âmes au Cambodge, selon Sos Kamry, le président du Haut conseil pour les affaires religieuses musulmanes. (Première partie)

 

Un attachement récent au port du niqab

A Takmau, à 15 km de la capitale du Cambodge Phnom Penh, le dôme d'une mosquée annonce la présence d'un village musulman, que les Cambodgiens qualifient abusivement de "cham". Dans la bourgade de Prek Tapouv, quelques adolescentes déambulent, à leur aise, tout de noir vêtues, n'offrant à la vue des autres que leur regard.


Profitant d'une averse, un groupe de femmes lavent à grandes eaux leur linge au bord de la route. Elles ne portent que le simple foulard islamique, clamant ne se séparer de leur niqab (vêtement couvrant tout le corps à l'exception des yeux) que pour effectuer les tâches ménagères. Par simple commodité.


Entendant leurs paroles, trois filles en niqab descendent de leur maison sur pilotis pour se joindre à la conversation. L'une d'elles, Fapridas, 18 ans, assure d'une voix douce ne jamais quitter sa tenue. A la puberté, elle a commencé à dissimuler ses cheveux sous un foulard avant de se couvrir complètement, de la tête aux pieds, avec une seule fente dans le vêtement laissée pour ses yeux de jais.


Cette élève brillante raconte avoir préféré abandonner ses études plutôt que se soumettre à l'interdiction de porter le voile en classe. "Dans ma famille, on respecte la religion strictement. Les filles ne sont pas autorisées à quitter la maison sans foulard ou niqab. Une fois adolescentes, nous ne devons pas montrer nos cheveux ni la moindre parcelle de notre peau, surtout pas devant les hommes, sans quoi on signe pour un mauvais karma dans notre prochaine vie !"


Fapridas assure n'avoir été forcée par personne à se conduire ainsi, précisant sur le ton d'une élève consciencieuse qui veut être exempte de tout reproche qu'elle est "simplement une musulmane pratiquante qui ne cherche pas à s'attirer les foudres d'Allah".


Regroupement des jeunes au sein d'une école coranique

Pour ne pas renoncer à ses sacro-saints principes qui l'obligent à se dérober au regard des autres, la jeune Fapridas est partie étudier dans une école coranique située dans la municipalité de Sihanoukville, dans le village d'Ochrov, le seul établissement de ce type dans tout le Cambodge, qui a ouvert ses portes en janvier 2001. Elle y a rejoint une centaine d'élèves, originaires des quatre coins du Cambodge. Là, le règlement intérieur leur impose de ne pas se découvrir.


Quand cette ribambelle d'ombres noires sort des murs de l'école Al Muhajirin, elle attire les sarcasmes des villageois alentours qui ont eu vite fait de leur trouver des sobriquets : "Ninja" ou encore "vampire". Des sarcasmes auxquels les jeunes filles restent sourdes.


Un changement de vie

Asmak, une Phnompenhoise de 20 ans, est scolarisée depuis trois ans à Al Muhajirin. Son bac en poche, elle a choisi de ne pas poursuivre ses études mais de se consacrer totalement à l'apprentissage de la religion. Rien pourtant ne prédestinait cette citadine autrefois branchée à troquer ses jeans contre un niqab.


"Je ne regrette rien. Quand je me suis rendue en pèlerinage en Arabie Saoudite, j'ai vu que les femmes là-bas portaient le niqab. Je suis heureuse de suivre aujourd'hui leur exemple, d'autant plus que le Coran dit que les femmes ne doivent pas exposer leur visage, leur peau. Au début, j'avoue, j'ai eu du mal à m'y faire mais je m'y suis maintenant habituée. Par moments, les beaux vêtements colorés que je portais avant me manquent mais je dois dépasser ces désirs", se discipline Asmak.


Ne pas attirer le regard des hommes

M. Zay Nuttin, le directeur de l'école Al Muhajirin, également président de l'Association Almuhajiria pour le développement de l'éducation chez les musulmans du Cambodge, présente un argumentaire bien rodé.


"La règle vestimentaire est destinée à prévenir les problèmes avant qu'ils ne surgissent, développe-t-il. Le port du niqab supprime tout désir chez les garçons qui regardent les filles. Plus elles se dissimulent derrière d'amples vêtements, plus elles sont à l'abri des provocations et harcèlements sexuels car ce sont les filles qui génèrent le désir chez l'homme ! Certains jugent ridicule cette pratique alors que partout dans le monde les filles suivent des modes dictées par des canons de beauté faisant la part belle aux tenues sexy. Regardez, dans notre société actuelle, les jeunes femmes se font violer, elles ont des relations sexuelles avant le mariage... Ce n'est pas bien. Et preuve que l'islam préserve davantage de ces dérives, il y a beaucoup moins de malades du sida chez les musulmans !"


Et le directeur de l'école de trancher, définitif : "Le port du niqab est un moyen efficace pour les filles de rester saines et sauves".


De la responsabilité des filles

Revenant sur les cas de viol, M. Zay Nuttin pointe un doigt accusateur vers les filles, tout autant coupables, selon lui, que leurs agresseurs. "On veut une loi qui condamne les auteurs de viols. Mais il faut se demander à qui la faute. Pour que justice soit rendue, il faudrait également condamner les filles qui attisent le désir des hommes en révélant leur beauté ! Elles doivent éviter d'être un objet de tentation", défend, péremptoire, le directeur.


Azimas, une élève originaire de la province de Kompong Chhnang, adhère totalement au discours du directeur. Pour elle aussi, l'islam tend à réduire la violence et protège davantage les filles de troubles causés par les hommes. "Les garçons sont comme les chats tandis que nous, les filles, nous sommes les poissons grillés qu'ils convoitent. Si on ne se couvre pas bien, le chat va nous manger. En négligeant son apparence physique et en ne se comportant pas avec décence, la fille peut susciter l'amour des garçons et elle écopera d'un mauvais karma. Je veux m'en préserver !"


Les filles, égales à des "pierres précieuses"

M. Zay Nuttin explique que l'islam accorde une grande valeur aux femmes, considérées avant tout comme des "mères", à la base de la vie humaine. "Notre religion veut les préserver car elles sont comme des pierres précieuses et ne pas leur réserver une mauvaise vie, qu'elles n'échouent pas, par exemple, dans la prostitution. Elles n'en perdent pas pour autant leur liberté quand elles portent le niqab. Dans l'intimité de leur maison, devant leur mari, elles peuvent s'habiller comme bon leur semble. Elles doivent juste s'abstenir de montrer leurs cheveux et leur peau, à part leurs mains et leurs pieds, aux hommes qui ne sont pas de leur famille. L'islam veut que la femme ne dévoile sa beauté qu'à son seul mari. On protège ainsi leur honneur."


La jeune Asmak, elle aussi, acquiesce aux propos de M. Zay Nuttin, soulignant que les musulmanes n'ont pas à travailler dur en dehors de chez elle, leurs maris ayant la responsabilité de les nourrir. "La liberté, pour nous, ce n'est pas pouvoir s'exposer aux hommes mais pouvoir suivre nos croyances et pratiques."


Ne pas avoir d'occupation professionnelle convient tout à fait à Asmak, fille d'une famille aisée, qui se dit prête à rester chez elle. "La femme ne doit pas se montrer aux hommes mais elle garde ses charmes pour son mari, pour qui elle se maquille et fait des efforts de toilette. Ce n'est donc pas injuste que son mari ait à travailler dur pour l'entretenir..."


La deuxième partie de cet article sera publiée jeudi 4 septembre








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Pour en savoir plus

Lire aussi sur Ka-set
- Chronique Clichés Chams, chaque troisième vendredi du mois
- Coup de balai khmer rouge sur le bouddhisme (04-06-2008)

Le voile se décline selon les revenus

De manière générale, le voile islamique comme le niqab sont importés d'Inde, du Pakistan et des pays arabes comme l'Arabie Saoudite. Ces achats sont effectués par ceux qui se rendent en pèlerinage ou en formation dans ces pays, et le coût de ces vêtements se situe entre 50 et 100 dollars pièce. Les musulmanes qui ne peuvent s'offrir ce luxe, se rabattent sur des vêtements importés du Vietnam, bien moins onéreux. Il existe une large gamme de voiles qui, bien que tous de couleur noire, se distinguent par leur qualité et leur degré de raffinement, qui en déterminent le prix. Les vêtements islamiques n'échappent pas non plus aux modes et aux différenciations sociales.

 


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