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Inconstant en amour et professionnellement, le Cambodgien Keo Mary a trouvé son salut à Païlin
Par Ros Dina   
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16-05-2008

Image
Païlin, 2 avril 2008. Keo Mary, menuisier et chauffeur de taxis © Ros Dina

Depuis que la petite ville de Païlin n'est plus l'une de ces poches de résistance khmère rouge qui  jusqu'en 1998 ont isolé le nord-ouest du Cambodge et que les guérilleros ont enterré les armes, des âmes aventurières ont osé en franchir le seuil. Par appât du gain, à la recherche des pierres précieuses dont le commerce a permis de financer la rébellion communiste puis de faire vivre ses membres repentis et, plus généralement, dans l'espoir de reprendre une vie déjà bien mal amorcée. Car à Païlin, tout est possible. C'est ce dont est persuadé M. Kéo Mary, un natif de Kompong Cham, qui y a déposé ses bagages mais n’y a pas fait fortune.

 

Polyvalent, autodidacte et volatil : ces trois adjectifs vont bien à ce quadragénaire un brin désabusé, qui passe d'un métier à l'autre comme on change de chemise. Une facilité à rebondir qui ne paie pas, soupire Kéo Mary. Engagé dans un troisième mariage, et de nouveau père de famille (de quatre enfants qui s’ajoutent à deux autres nés de ses précédentes unions), il s’est improvisé menuisier le jour et chauffeur de taxi la nuit.

Menuisier par fatalité
Dès potron-minet, l’homme se met à l’ouvrage, dans sa cabane d’une seule pièce où s’entasse toute la famille. Il a appris à fabriquer toute une gamme de meubles de bois pour le quotidien. "En fait, ma vraie spécialité, c’est la mécanique ! Mais comme cette région possède peu de voitures, j’ai mis mon savoir-faire de côté et je me suis fait menuisier quand l’un d’eux dans la ville a démissionné." Chez M. Kéo Mary, les choses se passent comme ça. Il prend la vie comme elle vient. Et au bout d’un an d’exercice, se flatte-t-il, il n’y a pas une commande qu’il ne peut pas honorer, pas un modèle qu’il ne sait pas produire.

La route de nuit pour arrondir les fins de mois

Les yeux fermés. Conduire dans l’obscurité sur une route serpentant et semée d’ornières de Païlin à la frontière après une journée de travail n’effraie pas M. Kéo Mary, qui avale malgré tout les kilomètres en toute prudence tant les phares de sa vieille Camry 92 sont fatigués. "Je profite de mes soirées pour emmener des clients à la frontière car mon métier de menuisier n’est pas assez rémunérateur. C’est plutôt irrégulier comme emploi. Une course me rapporte entre 20 000 et 30 000 riels [5-7,5 dollars]... quand la voiture ne me lâche pas en cours de route", raconte d’un tas las ce touche-à-tout, qui avoue manquer de temps pour s’occuper de son épouse et de leur jeune progéniture.

Petits arrangements avec la vie
Le Païlinois d’adoption s’approvisionne en bois auprès des paysans de la région. "Je sais que le bois qu’ils me vendent est illégal mais que faire d’autre ? Si je ne l’achète pas, je ne peux pas faire de meubles, et je ne peux pas nourrir les miens ! Moi je ne suis qu’un immigré, je n’ai pas de terre comme les habitants de souche..."

Malgré tous ses efforts, M. Kéo Mary ne parvient pas à offrir à sa famille autre chose qu’une vie au jour le jour. Et fatalement, certaines factures ne sont pas honorées. "Hier, on nous a coupé l’électricité car je n’ai pas encore pu régler la note. Quand je ne vends pas ma production, c’est la galère..."

Un cas pas isolé
Le menuisier a une théorie qu’il jure résister à l’épreuve de la réalité : "70% des personnes venues s’installer à Païlin sont des provinciaux à problèmes, qu’ils soient étranglés par la pauvreté ou en échec sentimental, ou les deux à la fois ! On vient ici car c’est une terre d’aventure où même sans rien, on arrive à s’en sortir. Mon premier séjour à Païlin, je l’ai fait en 2001 pensant faire fortune dans les pierres précieuses. Je sortais alors d’un divorce."

Comme tant d’autres, il a creusé la terre pour dénicher ces gemmes tant convoités. Il n’est tombé que sur de petits cailloux, les gros, ce sont les autres qui les ont eus. Mais, concède-t-il, c’était alors suffisant pour vivre. Puis, il a versé dans la contrebande de bois jusqu’à ce que la peur de l’uniforme ne le contraigne à cesser cette activité. Il a alors opté pour un commerce légal, celui du maïs et du soja. Résultats insatisfaisants, là encore. Chacune de ses reconversions s’accompagne de dettes, qu’il n’a pas fini de rembourser.

D’ici un an, M. Kéo Mary aura peut-être à nouveau changé de métier... et de femme. Une chose est sûre, il sera encore à Païlin, où il ne se sent pas marginalisé.

Ka-set.info
 
 

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