Mardi 06 Janvier 2009
21:29 (Phnom Penh)
Advertisement
Ka-set est un site d'information indépendant mis à jour quotidiennement en français et en khmer sur le Cambodge et les Cambodgiens d'ailleurs.

Rendez-vous

Père et fils (film)
 → jeu jan 08 @07:00 - :0900:
Le candidat (film)
 → ven jan 09 @07:00 - :0900:
La graine et le mulet (film)
 → sam jan 10 @07:00 - :0900:
Visite architecturale : Phnom Penh Centre en cyclo
 → dim jan 11 @08:30 - :1130:
Le candidat (film)
 → jeu jan 15 @07:00 - :0900:

Alerte

Recevez les derniers articles par courriel
Advertisement
Danger sur le patrimoine linguistique khmer
Par Chheang Bopha   
Convertir en PDF Version imprimable Suggrer par mail
23-05-2008

Inscription Kapilapura - ecriture khmere - beaux-arts - Phnom Penh - Cambodge © John Vink / Magnum
Phnom Penh, le 1er avril 2004. Inscription du 11e siècle, dénommée
inscription Kapilapura, conservée au musée des Beaux-Arts
© John Vink / Magnum
 

Au Cambodge, les professeurs de l'enseignement supérieur secouent la tête d'un air las ou bien arrondissent leurs doigts en forme de zéro quand on les interroge sur le niveau de khmer de leurs élèves. Langue en mal d'uniformisation, mâtinée de mots étrangers et malmenée autant par les jeunes que dans les médias et messages publicitaires, le khmer souffre d'incessantes entorses à la règle que seule une poignée de hérauts universitaires dénonce comme un sacrilège. Leurs appels semblent s'évanouir dans une indifférence quasi générale, en partie dictée par un marché économique toujours plus dominé par l'anglais.

 

Un constat accablant
Des copies truffées de fautes d'orthographe et de syntaxe, Hem Borith, professeur de khmer au lycée Preah Sisowath, l'un des établissements les plus prestigieux de Phnom Penh, dit les collectionner. Et, selon lui, la tendance n'est pas à l'amélioration. Même les manuels et livres en khmer n'échappent pas à ce que les Cassandre n'hésitent pas à qualifier de "dégradation" de la langue khmère.

"En 20 ans de carrière, j'ai vu le niveau chuter. L'orthographe est devenue le cadet des soucis des élèves. Les deux tiers d'entre eux commettent des fautes impardonnables. Ils ne possèdent tout simplement pas les bases", déplore l'enseignant.

La faute aux profs ?
Un élève de 10e ne cache pas écorcher régulièrement sa langue natale mais il se défend d'en porter seul la responsabilité. "La plupart du temps notre prof de khmer ne se présente pas aux cours. Et quand elle vient, c'est pour ânonner les leçons qu'elle ne fait que survoler pour réussir à couvrir tout le programme, et dans un chahut général car elle ne cherche pas à discipliner la classe. C'est dur de suivre...", justifie l'adolescent.

L'apprentissage des règles de grammaire et les dictées relèvent du programme des petites classes. Partant, explique Hem Borith, les enseignants des classes suivantes ne jugent pas utile de revenir sur ce qu'ils considèrent comme "déjà" acquis. Et ce d'autant plus que ces exercices ne donnent plus lieu à des examens et qu'aucun élève ne leur demandera de cours particuliers sur cette matière, ajoute-t-il. "On voit les effets de la réforme du programme scolaire initiée en 1996 par le ministère de l'Education qui a supprimé l'orthographe et la grammaire de la liste des matières enseignées."

Une nouvelle méthode qui ne fait pas l'unanimité
Ieng Sarith, prof de khmer en classe de 8e, proteste contre la réduction du nombre d'heures consacrées à l'apprentissage du khmer - passé de six à quatre heures par semaine au collège. "Résultat : on passe en revue le programme au pas de cavalerie sans avoir le temps de revenir sur les leçons passées, souvent mal ou pas intégrées par les élèves", souligne-t-il.

La directrice du département de la recherche et de la pédagogie, attaché au ministère de l'Education, Tun Sa Im, défend bec et ongles la nouvelle méthode qui n'a, selon elle, pas mis au rebut les dictées et autres exercices syntaxiques. Certes, "plus facile", cette méthode s'affranchit de l'apprentissage mécanique pour mettre l'accent sur la participation des élèves, l'expression et la compréhension orales, explique la responsable. "Il appartient ensuite aux enseignants de corriger les fautes des élèves. Mais comment faire si les profs sont plus absents que le règlement ne le prévoit et ne se montrent pas assez rigoureux avec leurs classes ?"

Inutile devant Tun Sa Im de blâmer les manuels scolaires dont elle juge les contenus "bons". Elle reconnaît que des coquilles s'y sont parfois glissées, "un cas de figure cependant plus récurrent dans les ouvrages publiés dans le secteur éducatif privé et non soumis au contrôle du ministère". Mais face à la carence de documents en khmer à la disposition des élèves, les autorités ont choisi de laisser faire, ajoute-t-elle.

Le khmer se relève difficilement des années de guerre
"Si un élève est jugé excellent, c'est parce qu'il est intelligent. Mais si un élève échoue à ses examens, c'est la faute de ses professeurs !" Cette phrase s'entend si souvent au Cambodge qu'elle en est presque devenue un proverbe. La société rejette la faute sur le dos des enseignants, et ceux-ci fustigent le système éducatif ou les parents qui ne jouent pas leur rôle de relais éducatif à la maison.

Prum Mol, vice-président du Comité national de la langue khmère, un organe du Conseil des ministres, dépasse ces querelles. Pour lui, la mauvaise maîtrise du khmer est l'un des héritages malheureux des deux décennies de guerre dont a souffert le pays, et plus particulièrement des années khmères rouges. "Ceux qui ont été promus enseignants au sortir du régime de Pol Pot n'avaient pas le niveau. Mais les ressources humaines faisaient défaut, il n'y avait pas le choix... Ces personnes ont ainsi mal formé les enseignants d'aujourd'hui."

C'est seulement en classe de 7e que Sophal s'est fait dire qu'il orthographiait mal un mot, pourtant écrit des centaines de fois durant sa scolarité sans que l'un de ses enseignants n'y trouve à redire. Aujourd'hui encore, les professeurs de khmer sont en nombre insuffisant. "Que l'un d'eux ne puisse assurer son cours et on ne trouve personne pour le remplacer", relève le directeur adjoint d'un collège phnompenhois.

Pour Prum Mol, la priorité est cependant ailleurs. Il regrette le manque d'harmonisation de la langue khmère et l'absence de méthodes d'apprentissage précises.

L'avantage aux langues étrangères
Si le jeune Sophal prend plaisir à améliorer son khmer, ses camarades montrent, eux, plus d'enthousiasme à apprivoiser les langues étrangères, au premier rang desquelles l'incontournable langue de Shakespeare. "L'anglais est plus facile à apprendre et comprendre que ma langue natale. Et avec l'anglais, ou le chinois, je trouverai plus facilement un travail", glisse dans un souffle un ami de Sophal. Cette certitude que l'anglais est un sésame pour accéder au marché de l'emploi est si répandue que les jeunes Cambodgiens négligent de soigner leur khmer. Pour bien faire, avance Prum Mol, le gouvernement devrait imposer aux compagnies étrangères la pratique du khmer et de l'anglais sur le lieu de travail.

La recette que propose Yin Thy, spécialiste de la langue khmère au département de la recherche et de la pédagogie, pour rendre plus attractif le khmer aux jeunes assaillis par les publicités en anglais et rebutés par la difficulté de leur langue, est "d'en simplifier l'usage et d'en faire une langue  plus vivante, adaptée à notre temps". Sans quoi, prédit-il un brin alarmiste, les jeunes Cambodgiens commenceront par étudier les langues étrangères avant le khmer.

 

Ka-set.info
 
 

Pour en savoir plus

Lire aussi sur Ka-set
- Guide d'installation du Khmer Unicode (uniquement en khmer - images jpeg)

Et ailleurs...
- Kit d'installation du Khmer unicode, logiciels libres de droit intégralement en khmer et informations sur la khmérisation informatique, sur le site de l'organisation Khmer Software Initiative (en khmer et en anglais)

Le rôle du Comité national de la langue khmère
Le Comité national de la langue khmère, composé de représentants de quatre ministères (Education, Information, Culture et Economie et finances) a été mis sur pied par le Conseil des ministres pour harmoniser la langue khmère. Orthographe, prononciation, emploi des mots, sort des mots empruntés. Le comité est déjà venu à bout de sa première mission, l'orthographe. "Désormais, on se référera uniquement aux mots tels qu'ils sont orthographiés dans le Dictionnaire du vénérable Chuon Nath, c'est-à-dire qu'ils devront être écrits avec des pieds", explique M. Prum Mol, son vice-président. Une fois visée par le Conseil des ministres, cette décision fera l'objet d'un sous-décret puis sera expliquée aux Cambodgiens à travers une vaste campagne d'information. La langue khmère n'est pas restée statique ces dernières années, met en avant M. Prum Mol. Beaucoup de nouveaux mots ont été créés. Ainsi, depuis quatre ans, le ministère cambodgien de la Justice élabore un lexique de termes juridiques khmers. La première vague de "khmérisation" eut lieu dans le pays en 1967 quand le khmer est venu remplacer le français comme langue d'enseignement, et devait être suivie par d'autres, en fonction des nouveaux régimes.

Vers une khmérisation des sites internet des institutions publiques
Bientôt, tous les sites internet des institutions publiques devraient être accessibles en khmer, et non plus seulement en anglais, promettent les autorités. Ces travaux de traduction ont été confiés à l'Académie royale qui collabore avec l'Autorité nationale de développement des technologies de l'information et des communications (NiDA). A ce jour, parmi les sites gouvernementaux, seuls le portail du gouvernement et les sites des ministères de l'Information, de l'Education, de la jeunesse et des sports et des Affaires sociales, anciens combattants et réinsertion de la jeunesse ont été rédigés intégralement en khmer. Les sites des autres ministères sont en anglais et quelques uns comportent de rares traductions en khmer. Le site de NiDA, l'autorité présidée par Hun Sen à qui a été confiée cette mission, est pour l'instant uniquement en anglais. Egalement chargée de l'informatisation du khmer et de la promotion du standard officiel Khmer Unicode, NiDA ne propose encore sur son site aucun lien permettant d'utiliser ce système, mais offre en revanche la possibilité de télécharger les polices non reconnues officiellement ABC et Limon...
Actualisation (09-06-2008) : les responsables de NiDA ont informé la rédaction de Ka-set de la mise en ligne, sur leur site, d'un kit contenant des polices conformes au standard du Khmer Unicode.


Cet e-mail est protg contre les robots collecteurs de mails, votre navigateur doit accepter le Javascript pour le voir