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Khmers du Massachusetts (1) : A "Kompong Lowell", un Américain sur quatre est Cambodgien
Par Stéphane Janin (Lowell, USA)   
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10-09-2008

Cambodge - Lowell - Massachusetts - Etats-Unis © Stéphane Janin

Lowell (Massachusetts, Etats-Unis), août 2008. Un des deux temples bouddhistes de la ville de Lowell
© Stéphane Janin

Au nord-est des Etats-Unis, à 50 km de Boston (Etat du Massachusetts), la cité post-industrielle de Lowell abrite la deuxième plus importante concentration de Cambodgiens du pays de l'oncle Sam, derrière "la petite Phnom Penh", Long Beach, située de l'autre côté du continent, en Californie. Sur près de 120 000 Lowelliens, quelque 30 000 sont d'origine cambodgienne, soit la minorité la mieux représentée de cette ville, qui a investi les quartiers historiques des "Acres" et des "Highlands". Comment cette ville fondée en 1826 par un groupe d'industriels et qui s'est nourrie de plusieurs vagues d'immigration est-elle devenue une terre d'accueil pour les Cambodgiens ?
(Premier volet d'une série consacrée à la communauté cambodgienne de Lowell)


L'arrivée des premiers Cambodgiens à Lowell
Les paysannes de la région, attirées par de meilleurs salaires se sont engouffrées dans les usines textiles nées avec la création de Lowell. Les cadences de travail accrues et les salaires escamotés - décidés dans un contexte de féroce concurrence - ont eu raison de leurs rêves de fortune. Progressivement, après 1850, le mécontentement des ouvrières n'étant pas entendu malgré de retentissantes grèves, elles sont remplacées par des immigrés - des Franco-Canadiens et des Européens (Irlandais, Grecs, Portugais, Polonais...) - qui s'accommodent des difficiles conditions de travail. Quelques décennies plus tard, le secteur industriel, principal source d'emplois de la ville, périclite, Lowell sombre dans le marasme et sa population décline.

Bien plus tard, dans les années 1960-1970, les Portoricains et les Colombiens viennent à leur tour gonfler les effectifs de Lowell.

Les premiers Asiatiques, Cambodgiens en tête, débarquent à Lowell dès 1979 dans le cadre d'un programme d'installation de l'Agence de Nouvelle-Angleterre pour le relogement des réfugiés (NEEAR), la branche bostonienne du Fonds américain pour les réfugiés tchécoslovaques. Des églises locales contribuent également à la prise en charge de ces nouveaux immigrés, essentiellement cambodgiens. En 1980, le Bureau du relogement des réfugiés lance le "Khmer cluster project", destiné à orienter les réfugiés cambodgiens dans une douzaine de villes du continent autres que celles du sud de la Californie, vite saturées et où l'arrivée massive de ces immigrés commence à susciter des inimitiés.

Une main d'œuvre opportune
Boston est l'une des villes d'accueil retenues car pourvue d'un dynamique bassin d'emploi, de logements bon marché et de services sociaux efficaces. La petite Lowell voisine, engluée dans une crise économique et sociale, ne figure pas dans la liste du Cluster project. En 1983, la communauté cambodgienne de Lowell ne compte que 1 000 âmes. C'est deux ans plus tard que les Cambodgiens commencent à déferler sur la cité industrielle sinistrée à la faveur de l'implantation d'usines de composants électroniques, et essentiellement des imposants Laboratoires Wang. Les réfugiés cambodgiens se voient offrir des emplois d'assembleurs, lesquels ne requièrent ni formation ni grande maîtrise de l'anglais.

Le miracle économique est cependant de courte durée - l'industrie électronique se retirant de la ville à la fin des années 1980 - mais suffisant pour permettre à cette jeune communauté cambodgienne de s'intégrer économiquement. Les survivants de la tragédie khmère rouge suscitent par ailleurs un mouvement de compassion chez leurs hôtes américains, et bénéficient d'aides multiples de la part d'organisations locales, d'églises ou encore d'institutions fédérales et de l'Etat du Massachusetts, très progressif en matière de politique d'intégration des réfugiés.

Michael Dukakis, alors gouverneur de l'Etat, impulse, au milieu des années 1980, la création du Bureau des réfugiés et immigrés du Massachusetts, à l'origine d'un réseau d'associations d'aide mutuelle dont la branche cambodgienne devient très vite l'une des plus actives de l'Etat. Au début des années 1990, la communauté cambodgienne est suffisamment importante pour inciter des entrepreneurs de cette nationalité à venir y ouvrir des commerces destinés tout spécialement à leurs compatriotes. La ville compte aujourd'hui près d'une centaine d'enseignes cambodgiennes. L'une des zones commerçantes estampillées "cambodgiennes" les plus populaires de Lowell est la "Pailin Plaza", qui regroupe supermarché, restaurant et commerces divers. Les Cambodgiens érigent en parallèle leurs propres pagodes.

Une minorité "modèle"
La communauté cambodgienne de Lowell fait l'objet d'attentions particulières tant des médias locaux que des universitaires. Importante et dynamique, elle a su rapidement s'imposer comme "une minorité modèle", travailleuse, dans une ville des plus cosmopolites. Des habitants de Lowell sont allés jusqu'à les surnommer les "nouveaux Irlandais", relève Amy Stitely, une étudiante de l'Institut de technologie de Massachusetts, dans son étude "Beyond celebration, the Cambodian struggle for Cambodian representation in Lowell ".

Elle n'est cependant pas exempte de problèmes - pauvreté, délinquance juvénile, faible niveau d'éducation - mais a su se faire une place respectée notamment en développant des espaces d'expression communautaire et en organisant des événements culturels, le plus souvent destinés à faire revivre des traditions et arts de leur pays natal, et à offrir une image positive de leur minorité.

Les Cambodgiens de Lowell ont ainsi importé la traditionnelle Fête des eaux, organisée chaque mois d'août depuis 1997 sur les eaux de la rivière Merrimak, dont la popularité croissante en a fait un des rendez-vous touristique phare de la ville. Un groupe de danse classique khmère, la "Troupe de danse Angkor", plusieurs fois récompensée, a également assis sa notoriété, amenée à effectuer des tournées sur tout le continent. De festival en activité culturelle, la communauté cambodgienne de Lowell a imprimé son identité dans celle de la ville.

En quête d'une intégration politique
En 1999, le Cambodgien Rithy Uong, professeur au lycée de Lowell, crée la surprise en étant facilement élu au conseil municipal de la ville. C'est la deuxième fois seulement, aux Etats-Unis, qu'un Amérciain d'origine cambodgienne remporte des élections, et les médias de tout le pays s'en font l'écho. Rithy Uong servira la ville à ce poste jusqu'en 2005.

Ses compatriotes rêvent depuis de voir à nouveau un Cambodgien briguer un mandat de conseiller municipal aux prochaines élections qui se tiendront en novembre 2009. Encore faut-il qu'ils soient plus nombreux à se rendre aux urnes, la plupart délaissant leur devoir d'électeur.

Un rêve américain souvent manqué
Si des leaders ont émergé de la communauté cambodgienne de Lowell, qui, forts de leur réussite dans leur pays d'accueil, n'oublient pas d'œuvrer pour leurs compatriotes, nombre de ses membres n'ont pas concrétisé le rêve américain. Une étude de la Cambodian Community Health, effectuée en 2002, montrait que 25% des Cambodgiens de plus de 25 ans interrogés affichaient des revenus familiaux annuels inférieurs à 15 000 dollars. Plus de 40% vivent en effet en dessous du seuil national de pauvreté, selon un recensement américain, précise l'étude. A Lowell, une partie encore importante de la communauté cambodgienne reste ainsi dépendante des services sociaux pour se soigner.

Les conflits générationnels tourmentent par ailleurs ce groupe, écartelé entre ses membres anciens, survivants du régime khmer rouge, et sa jeunesse, américanisée. Les jeunes se font facilement embrigader dans des gangs. En août dernier, quinze délinquants cambodgiens ont été arrêtés et font aujourd'hui face à une déportation vers le Cambodge, dans le cadre de la double peine. Un pays que la plupart ne connaissent qu'à travers les récits que leur en ont donnés leurs parents. Une association, Deported diaspora, spécialisée sur la question du renvoi d'immigrés chez eux par les autorités américaines, s'efforce d'informer les familles cambodgiennes de cette disposition légale, trop souvent méconnue par les intéressés.

La crise de l'emploi à Lowell touche de plein fouet ses minorités, tandis que les Etats-Unis font face à une inflation galopante et à la crise des "subprime", ces prêts immobiliers à risque. L'équipe municipale en place tente malgré tout de redonner un second souffle à la ville et compte y parvenir avec le projet du canal Hamilton district, d'un coût de plus de 50 millions de dollars, qui prévoit de réhabiliter en cinq ans 15 hectares de friches pour en faire des logements, des commerces, des bureaux... Les Cambodgiens tireront-ils profit de ce projet ? S'ils ont réussi à s'intégrer en douceur dans cette ville du Nord-Est américain, il leur reste à faire leur place dans les instances dirigeantes d'une ville multiculturelle dont ils représentent aujourd'hui incontestablement l'une des principales forces.

 

 

 

 


1 Commentaire
Par Man Hau Liev 2009-09-11 21:11:15
Dear Sir/Madam

Khmer communities in Diaspora share similar features and experiences. Attached is a thesis on Khmer community development in New Zealand.

http://researchspace.auckland.ac.nz/handle/2292/3362

Regards

Man Hau Liev
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La communauté cambodgienne étudiée à la loupe

De nombreux articles et travaux ont été publiés sur la communauté cambodgienne de Lowell. Jeffrey Gerson compte parmi celles et ceux qui la regardent évoluer à la manière d'entomologistes. Ce professeur de sciences politiques à l'Université du Massachusetts a posé ses bagages à Lowell en 1994, où il a depuis, dans le cadre de ses recherches sur les groupes ethniques, tissé des liens étroits avec les Cambodgiens. "Beaucoup d'entre eux veulent que leur histoire soit connue. Je suis toujours accueilli sans difficulté dans les familles cambodgiennes, dont les membres s'ouvrent facilement sur leur parcours et m'invitent à partager leur repas. Ces rencontres ont fréquemment débouché sur des amitiés qui durent depuis plusieurs années", confie le professeur, qui a consacré une étude, "The Cambodian-Americans of Lowell, Massachusetts : A cautionary tale of new immigrant and refugee political incorporation" (2003), à l'histoire de leur installation et de leur intégration à Lowell.

 

 
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