
Battambang (Cambodge), le 13 janvier 2004. Ecole de cirque de Phare Ponleu Selpak ©John Vink/Magnum L'école du cirque de l'organisation cambodgienne Phare Ponleu Selpak fait, de préférence, dans la haute voltige. Ses artistes atteignent le nirvana dans des acrobaties volontiers aériennes, mêlant humour et poésie, et jouent sur une corde raide... avec les cordons de leur bourse. Le 27 mars, ils donneront à Phnom Penh le coup d'envoi de la 6e édition de leur festival Tini Tinou, qui se prolongera, comme le veut désormais la tradition, dans leur fief de Battambang, au nord-ouest du Cambodge, avec cette fois-ci des crédits allégés de moitié. Qu'importe, ces saltimbanques équilibristes, enjoués et engagés, ont décidé que le spectacle devait continuer.
Un succès grandissant Le Festival cambodgien international de cirque, plus connu sous le nom de Tini Tinou ("d'ici et d'ailleurs"), a gagné au fil des ans ses lettres de noblesse dans la région par des programmations innovantes et une ouverture rapide à une pléiade d'invités venus des quatre coins du monde. L'an dernier, il a rassemblé entre 1 500 et 2 000 spectateurs. Lancé à Phnom Penh en novembre 2004 par le Centre culturel français (CCF) de Phnom Penh, cet événement est dès la deuxième année cornaqué par l'ONG locale Phare Ponleu Selpak (PPS), qui abrite en son sein la principale école de cirque du royaume. Installée dans la troisième ville du Cambodge, l'organisation décide tout naturellement d'y déménager cette manifestation dès 2006. Quand, en 2007, le soutien de l'Association française d'action artistique cesse, le CCF envisage d'enterrer Tini Tinou. Une mise à mort dont Phare ne veut pas entendre parler. L'ONG décide de reprendre, seule, le flambeau et met plus que jamais l'accent sur les échanges internationaux et intergénérationnels pour stimuler la création. Une tradition séculaire L'attachement à cet art scénique serait presque inscrit dans les gènes khmers. A Angkor, le temple du Bayon témoigne déjà de l'existence d'acrobates au moment de sa construction au XIIIe siècle, représentés en plein exercice dans ses bas-reliefs. Après la tragédie khmère rouge, il faudra attendre 1986 pour qu'une Ecole nationale du cirque s'ouvre au Cambodge, au sein de l'Université royale des Beaux-arts, grâce à la coopération vietnamienne. C'est douze ans plus tard que Phare accouchera de sa propre école à Battambang, aidée par l'Ecole nationale du cirque, avec comme objectif de familiariser des enfants des rues ou issus de familles défavorisées à la subtilité des acrobaties et contorsions, le tout saupoudré de pitreries clownesques. Aujourd'hui, 150 élèves, âgés de 14 à 25 ans, sont formés sous son chapiteau. Ils constituent la quatrième génération d'artistes et comédiens passée entre les habiles mains de Phare. Un cirque à vocation sociale Le choix d'un cirque social fait par Phare Ponleu Selpak - qui signifie en khmer "Lumière des arts" - se comprend quand on connaît la genèse de cette association, née en 1986 dans les camps de réfugiés khmers égrenés le long de la frontière thaïlandaise. L'idée est alors de recourir aux arts et à l'expression pour aider les jeunes à surmonter les traumatismes de la guerre. Première initiative au compte des six jeunes co-fondateurs de ce programme, la mise en place d'ateliers d'arts plastiques. Rapatriés en 1994 à Battambang, ils décident de poursuivre l'expérience et de l'élargir en fondant PPS pour panser les plaies d'une génération meurtrie et lui offrir les moyens de s'épanouir. Une histoire qui n'est pas sans rappeler celle de la Fondation Pa-ra-da en Roumanie, invitée d'honneur cette année de Tini Tinou. Miloud Oukili, un clown formé à l'école Fratellini de Saint-Denis, en France, a initié en 1996 un programme d'initiation et d'enseignement des arts du cirque à destination des enfants des rues de Bucarest, petits fantômes qui hantent les égouts de la capitale roumaine. Au menu de l'édition 2009 Pour cette 6e édition, Tini Tinou annonce des jeux d'équilibriste sur un fil, un trapèze, un tissu aérien, avec qui un Hula Hoop, qui un bâton d'arts martiaux, entre pantomimes, jongleries et prestidigitation et, en piste, des artistes originaires du Cambodge, de Roumanie, d'Allemagne, du Canada, de France, de Belgique, du Japon, du Vietnam, du Laos et d'Australie. De quoi voir trente-six nez rouges... Une nouveauté cette année, deux semaines d'ateliers et de formation sont organisées à PPS, en amont du festival, du 15 au 26 mars. L'occasion d'un temps d'échange et d'apprentissage pour les invités multicolores du festival. Et une seconde, mais celle-ci adoptée à contrecoeur : pour la première fois, les spectacles et performances seront tarifées. Si les artistes acceptent des cachets symboliques pour leurs prestations, tous leurs frais et la logistique de Tini Tinou sont pris en charge par Phare qui a, à ce jour, réuni à peine la moitié des financements nécessaires. "Il faut que le cirque continue de vivre !" L'appel est lancé par un des co-fondateurs de Phare, Khuon Det, qui en est également le directeur artistique. Si le festival devait laisser de sérieuses ardoises à l'ONG, nul doute qu'elle devra s'interroger sur l'avenir de Tini Tinou, admet le responsable. Espérons que ceux et celles chez qui l'enfant sommeille toujours voleront au secours de cette organisation cambodgienne.
Tini Tinou : les infos pratiques Le festival se déroulera à Battambang, du 2 au 5 avril, tous les jours de 17 heures à 23 heures, avec, en prélude, à Phnom Penh, un spectacle payant au Centre culturel français vendredi 27 mars à 19 heures et une parade, le samedi 28 mars à 16h30 suivie d'un spectacle public à 18h30. Retrouvez ces informations sur le site de Tini Tinou : www.tinitinou.org Le forfait d'accès à tous les spectacles du festival à Battambang durant quatre jours : - 20 dollars pour les étrangers (8 dollars pour les moins de 16 ans et gratuit pour les moins... d'1,20 mètre) - 3 dollars pour les Cambodgiens
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