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Le Cambodge a les baskets qui le démangent : le sport gagne du terrain
Par Corinne Callebaut   
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25-03-2009

Phnom Penh - musculation ©Vandy Rattana

Phnom Penh (Cambodge), le 10 mars 2009. Une quarantaine de salles de sport ont ouvert leurs portes dans la capitale ces dernières années, comme ce centre de musculation et fitness récemment installé dans le quartier de Boeung Keng Kang
©Vandy Rattana

Ados, femmes, hommes, personnes âgées… Depuis plus de deux ans, les espaces verts et stades du Cambodge sont pris d'assaut par la population qui a décidé de se mettre à la pratique sportive. Une initiative restreinte par le manque de terrains praticables et d'équipements sportifs disponibles. Forts de ce constat, les clubs de gymnastique font salles combles et poussent comme des champignons dans la capitale du Cambodge mais aussi dans les centres urbains de province. Un élan populaire et dynamique qui contraste avec l'apparente passivité du secrétariat d'Etat cambodgien aux Sports, qui observe ce phénomène sans réellement y prendre part.


4h50, parc de la gare de Phnom Penh. Chew Huei, 19 ans, installe sa stéréo sur l'esplanade qui longe le Pont aux Nagas, à deux pas du Wat Phnom, sur le boulevard Norodom. Après quelques assouplissements, il enclenche sa musique. Aussitôt, une dizaine de femmes en tenue de sport accourent vers Chew. Comme devant un miroir, ces dames se mettent, le plus naturellement du monde, à imiter les mouvements de leur moniteur et à bouger au rythme dynamique de tubes khmers et thaïlandais. Dix minutes plus tard, elles sont rejointes par autant de paires de gambettes prêtes à l'exercice. "Je me suis installé ici il y a quatre mois, explique Chew, et j'ai tout de suite eu du succès. Avant j'exerçais au stade Olympique, mais il y a beaucoup trop de monde et les places sont chères. Je n'avais pas envie de me battre pour disposer au final d'à peine dix mètres. Ici, j'ai de la place."  

Etudiant à l'Ecole de sport de Phnom Penh, le jeune homme, d'origine chinoise, semble encore stupéfait de son succès. "Je n'étais pas sûr de moi en m'installant ici mais finalement, ça fonctionne très bien, mon groupe s'agrandit de jour en jour. Je donne aussi des cours d'aérobic dans des clubs de gym. Je n'ai aucun mal à trouver du travail, les profs de sport sont très demandés depuis quelques temps." En effet, force est de constater que depuis deux ans environ, les Cambodgiens se sont mis à… bouger leur corps.

Un engouement collectif très suivi
Ainsi, il n'est plus un espace vert qui ne soit pris d'assaut par des quidams en mal d'activités sportives. Matin et soir, le stade Olympique se remplit d'une foule de Phnompenhois venus courir et participer aux dizaines de cours d'aérobic proposés par de jeunes professeurs, qui demandent entre 1 500 et 4 000 riels par personne pour une heure d'exercice. De même, dès les premières heures du jour et à la tombée de la nuit, lorsque les températures sont encore fraîches, les allées du monument de l'Indépendance, de la gare ou celles contiguës au ministère de la Défense se remplissent de "joggeurs" et de personnes âgées pratiquant des mouvements de gymnastique douce et sont rejoints le week-end par des jeunes jouant au badminton.  

Ainsi, Ma Tok-Susdai, 83 ans, vient-elle au jardin de la gare chaque matin, en compagnie de quelques amies pour, selon son expression, "détendre ses vieux os". "C'est mon médecin qui m'a conseillé de faire quelques mouvements. Au début, je n'étais pas très à l'aise mais j'ai remarqué que j'avais moins mal au dos depuis que je le fais…" Pour l'encourager, sa famille lui a acheté une paire de tennis : "Je n'en avais jamais portées avant, c'est très confortable !" Jeunes, anciens, femmes et hommes, tous semblent ainsi pris par une frénésie sportive. "Mes cours sont surtout suivis par des femmes trentenaires, je n'ai encore jamais vu d'hommes !, explique Chew. Eux préfèrent courir et faire des parcours de gym plus dynamiques, ce sont aussi en majorité des trentenaires ou plus âgés encore. Il y a aussi des jeunes, mais ils pratiquent davantage les sports collectifs, comme le volley ou le foot, d'autant plus qu'ils disposent de terrains dans leurs universités."   

La disette des espaces disponibles
Justement, les "terrains disponibles" à Phnom Penh se réduisent à peau de chagrin, ce qui ne facilite pas la mise en place d'activités. Ainsi, la capitale ne dispose que de deux stades - le stade Olympique et le Vieux stade - dont les équipements deviennent de plus en plus vétustes. Beaucoup craignent d'ailleurs que les aires sportives ne soient elles aussi dévorées par les promoteurs immobiliers. "Regardez ce qu'il se passe autour du stade Olympique : les maisons poussent comme des champignons, remarque Kao Yann, 65 ans, professeur de sport pour les enfants au sein de l'ONG Pour un sourire d'enfant (PSE). Lorsque je faisais partie de l'équipe nationale de volley-ball, dans les années 1960, beaucoup de gens faisaient du sport et il y avait plus de place. A l'emplacement actuel de l'ambassade américaine, il y avait un complexe sportif très prisé des Phnompenhois." Toutefois, si le manque de terrain attriste les sportifs de plein air, il réjouit les propriétaires des salles de gymnastique qui depuis, quelques mois, foisonnent à Phnom Penh…  

Le succès des clubs de sport
De quelques salles sporadiques au début des années 2000, le nombre de clubs sportifs est passé aujourd'hui à une quarantaine dans la capitale, en incluant les équipements proposés par les grands hôtels. Si, auparavant, seuls les expatriés et les riches Cambodgiens pouvaient s'offrir de telles prestations, aujourd'hui, au fur et à mesure de l'ouverture de nouvelles salles, les prix se démocratisent et deviennent accessibles au moins aux Phnompenhois de la classe moyenne émergente, qui se pressent sur les tapis de course.  

A Phnom Penh, ces nouveaux lieux à la mode ouvrent un peu partout, des plus prestigieux, à l'instar de The Place, ouvert en septembre 2008, sur le boulevard Sihanouk, à 750 dollars le forfait annuel, qui propose notamment un entraînement personnalisé avec un régime alimentaire adapté, au plus populaire, comme le Piseth Gymnastic Club, une petite salle  rudimentaire ouverte rue 310 qui, pour dix dollars mensuels, permet de s'exercer sur des machines. Ouvert début 2008, cet endroit compte environ 90 membres, tous cambodgiens.  

"Il y a une demande incroyable, explique Charles Chea, le manager franco-khmer de The Place, qui affirme compter 800 membres, parmi lesquels 30 à 40 % de Cambodgiens. Il y a suffisamment de place pour tous les clubs qui veulent s'installer. Avant, ils n'étaient accessibles qu'à un petit nombre mais maintenant, avec l'apparition de la classe moyenne, de plus en plus de Khmers s'inscrivent. Ici, nous avons surtout des personnes du gouvernement qui cherchent à perdre du poids et à se muscler, mais aussi beaucoup de femmes trentenaires qui font attention à leur corps. Les jeunes aussi viennent beaucoup, ils sont très influencés par le cinéma et les clips étrangers, ils veulent ressembler à leurs stars préférées. Avant, le modèle physique des Khmers était potelé parce que ça prouvait qu'on mangeait bien, qu'on était riche, aujourd'hui, la tendance s'est inversée."   

En province aussi…
Même son de cloche à Kompong Som où Pierre Lechauguette-Morera a installé une salle de sports il y a trois ans. "Plus de 90 % de mes 150 membres sont cambodgiens et ce chiffre ne cesse de croître. C'est pourquoi nous changeons de lieu actuellement pour accueillir plus de monde. Je constate que les médecins incitent de plus en plus leurs patients à faire du sport. Et pour cause, ils deviennent de plus en plus sédentaires, boivent beaucoup de bière, ont des problèmes de diabète et du coup grossissent beaucoup. C'est une bonne nouvelle qu'on les pousse à s'activer car il n'y a aucune éducation au Cambodge sur la pratique du sport."  
 
Peu de promotion des activités physiques
Si le Cambodge assiste à un véritable réveil sportif de ses habitants, ces initiatives restent toutefois toujours personnelles et privées. Le secrétariat d'Etat aux Sports qui n'a pas répondu à nos questions malgré des appels répétés, semble pour le moment assez peu actif quant à la promotion des exercices physiques. Ainsi, si les programmes scolaires prévoient une heure de sport par semaine, peu d'écoles s'y conforment. "Nous ne sommes pas du tout formées, témoigne Preya Nahim, une institutrice à la retraite qui œuvre maintenant dans des orphelinats. Quels mouvements montrer aux enfants ?" "La guerre nous a appauvris et le gouvernement ne dispose pas de budget pour développer le sport, ajoute le professeur de PSE, Kao Yann. D'ailleurs, nous n'avons qu'un secrétariat d'Etat aux Sports, pas un ministère, du coup nous sommes obligés de nous débrouiller seuls. Mais je suis fier de voir que les jeunes s'y mettent spontanément. En province, il y a de plus en plus de terrains de volley-ball, un sport qui ne nécessite que peu de matériel."  

D'autres se montrent plus critiques vis-à-vis de l'Etat. Ainsi, cet ex-sélectionneur de l'équipe de basket-ball cambodgienne se souvient : "Je devais choisir les joueurs dans la rue et organiser seul les matchs, les compétitions. Une fois, j'ai demandé un arbitre, on m'a envoyé un électricien… Le problème, c'est qu'au secrétariat d'Etat aux Sports, très peu sont de véritables sportifs ou l'ont été, du coup, ils ont du mal à comprendre l'intérêt du sport."  
 


Les professeurs de sport ont la cote
Conséquence de la pratique croissante des activités sportives, les professeurs de sport sont très demandés… Mais avec à peine 120 professeurs sortant chaque année diplômés de l'Ecole des sports de Phnom Penh, l'offre ne répond pas à la demande. "Le plupart des professeurs qui sortent de l'école deviennent entraîneurs pour les équipes nationales, mais il n'y en a pas assez et leurs compétences sont insuffisantes. C'est pourquoi des entraîneurs étrangers sont aussi choisis", explique Kao Yann, professeur de sport au sein de l'ONG PSE. Les clubs de sport sont eux aussi obligés de faire appel à des étrangers : "Il y a très peu de profs qualifiés constate Charles Chea, manager de The Place, à Phnom Penh. Du coup, on est même obligés de se les échanger entre les clubs." Ainsi, Ros Chettra, jeune Philippin de 21 ans, maintenant manager du VIP, un club de gym proche du boulevard Norodom, officiait avant comme professeur à The Place. "Les professeurs de sport n'ont aucun mal à trouver du travail ici, et encore moins s'ils ont une autre spécialité, comme la diététique par exemple, car la demande est forte pour perdre du poids."  

 


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: section du site de l'Unesco consacrée au rôle du sport dans les pays en voie de développement

 


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